Pas de blessure, pas d’histoire

Pas de blessure, pas d'histoire

De nos jours, les poètes d’Afrique du Sud sont confrontés à un processus de transformation politique et sociale difficile, ni planifié ni espéré. En même temps, le pays s’affranchit de sa mise au ban des nations et rejoint un monde complexe en pleine mutation. Les ouvrages de poésie publiés ces dernières années débordent d’énergie troublée mais aussi ludique, à la fois sociale et intime. Leur contenu est divers à l’extrême. Ils ne se focalisent plus sur l’oppression systématique des années d’apartheid, malgré la récurrence ponctuelle des thèmes de la culpabilité et de la victimisation. Bien que le poète continue parfois de jouer son rôle de témoin et de critique, il peut également s’engager dans une grande diversité d’expériences qui mettent en jeu, par exemple, la perception du temps et de l’espace, le langage lui-même, sans oublier certains axes fondamentaux tels que l’amour et la mort, l’identité, la mémoire et le rêve.
(extrait de la préface de Denis Hirson)

Coédition avec La Maison de la poésie Rhône-Alpes et la Biennale internationale des poètes.

Paru le 1er décembre 2013

Éditeur : Maison de la poésie Rhône-Alpes

Genre de la parution : Revue

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.