Passagères

Auteur : Christiane Veschambre

Lorsqu’on est chassé de ce qui nous tenait lieu de lieu - d’un amour, du regard
sur nous d’un amour qui nous fait croire à notre cohérence - on devient pas-
sagère. Passagère des jours et des nuits dont la succession n’est plus sûre, pas-
sagère des lieux, démultipliés par l’errance, que l’on traverse. Et traversé aussi
par les voix passagères engouffrées dans notre être poreux. Écrire alors c’est
tenter de redonner lieu, durée et forme à cette âme dépecée au moment même
où il n’y a plus ni récit, ni sol, ni architecture possibles.
Expérience finalement passagère pour celle qui, un jour, accepte de s’arrê-
ter devant le pesant et immobile animal, son « bœuf », dont elle se découvre
l’hôte. Et pour « sentir dans la paume des deux mains jointes le poids de ce qui
vient de se vivre ».
Christiane Veschambre

Paru le 1er juin 2010

Éditeur : Le Préau des collines

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Jean-Louis Rambour

33 poèmes en forme de nouvelles (ou l’inverse)

Il arrive fréquemment que les hommes aient peur des chevaux. Certains jouent les indifférents, d’autres ne cachent pas leur inquiétude. Pégase, le cheval divin, avait des ailes d’ange à faire peur. Incitatus avait une écurie de marbre, une mangeoire en ivoire, à faire peur. Sur la tombe de son cheval, Alexandre fonda la ville de Bucéphalie et provoqua peur et questionnement. Mais là, là, dans ce champ jaune, il s’agit de retourner les terres les plus empierrées, car tout le monde ne possède pas encore son Massey Ferguson. Auquel on ne prête ni ailes ni ombres.

Jean-Louis Rambour, 33 poèmes en forme de nouvelles (ou l’inverse), Cahiers du Loup bleu, Les Lieux-Dits, 2020.