Passagères

Auteur : Christiane Veschambre

Lorsqu’on est chassé de ce qui nous tenait lieu de lieu - d’un amour, du regard
sur nous d’un amour qui nous fait croire à notre cohérence - on devient pas-
sagère. Passagère des jours et des nuits dont la succession n’est plus sûre, pas-
sagère des lieux, démultipliés par l’errance, que l’on traverse. Et traversé aussi
par les voix passagères engouffrées dans notre être poreux. Écrire alors c’est
tenter de redonner lieu, durée et forme à cette âme dépecée au moment même
où il n’y a plus ni récit, ni sol, ni architecture possibles.
Expérience finalement passagère pour celle qui, un jour, accepte de s’arrê-
ter devant le pesant et immobile animal, son « bœuf », dont elle se découvre
l’hôte. Et pour « sentir dans la paume des deux mains jointes le poids de ce qui
vient de se vivre ».
Christiane Veschambre

Paru le 1er juin 2010

Éditeur : Le Préau des collines

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage