Passagères

Auteur : Christiane Veschambre

Lorsqu’on est chassé de ce qui nous tenait lieu de lieu - d’un amour, du regard
sur nous d’un amour qui nous fait croire à notre cohérence - on devient pas-
sagère. Passagère des jours et des nuits dont la succession n’est plus sûre, pas-
sagère des lieux, démultipliés par l’errance, que l’on traverse. Et traversé aussi
par les voix passagères engouffrées dans notre être poreux. Écrire alors c’est
tenter de redonner lieu, durée et forme à cette âme dépecée au moment même
où il n’y a plus ni récit, ni sol, ni architecture possibles.
Expérience finalement passagère pour celle qui, un jour, accepte de s’arrê-
ter devant le pesant et immobile animal, son « bœuf », dont elle se découvre
l’hôte. Et pour « sentir dans la paume des deux mains jointes le poids de ce qui
vient de se vivre ».
Christiane Veschambre

Paru le 1er juin 2010

Éditeur : Le Préau des collines

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.