Passeports pour ailleurs

Daniel De Bruycker

Passeports pour ailleurs

Les Wu-sun des Monts du Ciel, petit peuple pastoral de Haute-Asie, enclavé parmi des tribus turco mongoles mais proche, par son type et par sa langue, des Celtes des finistères européens, furent longtemps considérés comme un peuple sans écriture.

Ceci, jusqu’à ce que le linguiste d’origine croate Ilan Precjev-Ilan (1927-2015) révèle leur destin tourmenté, leur étrange écriture « végétale » et le touchant trésor de leur « poésie mémorielle », ici présentée pour la première fois en français.

Du 9e siècle à nos jours, ces 99 brefs poèmes-testaments, oeuvres d’éleveurs montagnards, de guerriers ou d’artisans, posent et reposent au ciel lointain la même éternelle question : « Voici qui je fus. Montrez-moi où aller maintenant. »

Texte de l’éditeur

Paru le 1er mai 2018

Éditeur : L’arbre à paroles Maison de la Poésie d’Amay

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.