Passerelle

Auteur : Erwann Rougé

Passerelle

Remis sur roues la remorque renversée. Temps couvert et boucailleux, visibilité médiocre, roulis et tangage accentués par grosse houle.

Je continue le carnet.
Sur le mur de côté, il y a toujours des livres. Des livres de poésie pour revenir au monde, continuer le voyage. Lire pour marcher, rouler sur mer, errer. Et personne, personne à dire le blanc, à dire le pourquoi et le comment du blanc dans le poème. Un blanc présent entre les mots, un blanc qui garde les distances et appartient à cette fin d’après-midi, à cette formidable immédiateté. Les mots crissent dans le cerveau, collent aux yeux, durcissent sur la peau. Ils veulent se serrer les uns contre les autres. Ils arrivent dans le corps d’une enfance qui rêve de dérober quelques secrets du monde où se font toutes les métamorphoses, les mutations, où tout un infini remonte à la surface comme les bulles que l’on souffle dans un cercle de savon. Comme des fourmis dans une prairie au soleil.

Paru le 1er novembre 2013

Éditeur : L’Amourier

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.