Paul Valet

Cher ami,

Vitry, le 13 novembre 1970

Je vous ai envoyé une longue lettre, il y a quelques jours. Ce n’était ni une confession ni un texte dit poétique. J’ai voulu tout simplement vous dire que je ne sais pas qui je suis. Depuis quelques temps, je reçois de France et d’Italie (où l’on a traduit mes poèmes dans une revue) des demandes de biographie, demandes auxquelles je dois, pour des raisons que je vous ai expliquées dans ma lettre, répondre par un refus ou par un silence. On me demande mon état-civil : or, je n’ai aucune confiance en lui. Est-il vrai ? Est-il faux ? Je n’en sais rien. On me demande l’histoire de ma vie. Mais je ne supporte aucune conception chronologique de l’existence. Le passé est une « matière » qui n’existe plus. Quant à l’avenir, il est imaginaire et illusoire. Il ne me reste que le présent et ses oscillations. Le poète n’a pas d’identité, il n’a ni biographie, ni « chronologie », ni « histoire », ni « avenir ».
La seule chose qui demeure, c’est sa bibliographie. C’est beaucoup et c’est peu. Pour comprendre un poète, il suffit de lire. Tout le reste est inutile, faux et fastidieux. Certes, à côté du poète, il y a l’homme. Mais, croyez-moi, cher ami, c’est très peu de chose et qui ne présente aucun intérêt.
Quelle que soit votre réaction à cette lettre, sachez que j’éprouve pour vous une très grande et profonde affection.

Valet


Lettre « À Pascal Pia », issue de Paul Valet, soleils d’insoumission, édition établie par Jacques Lacarrière parue aux Nouvelles Éditions Places en 2001, p.105.

Bibliographie

  • Que pourrais-je vous donner de plus grand que mon gouffre ?, Éditions Le Dilettante, 2020.
  • Le double attaquant, avec une post-face de Guy Benoit, Mai hors saison, 1995.
  • Multiphages , Éditions José Corti, 1988.
  • Paroxysmes , précédé par L’ermite de Vitry de E.M. Cioran, Éditions Le Dilettante, 1988.
  • Soubresauts , Éditions Caligrammes, 1988.
  • Vertiges , avec un frontispice de l’auteur, Éditions Granit, 1987.
  • Mémoire seconde, avec un frontispice de l’auteur, Mai hors saison, 1984.
  • Solstices terrassés, avec un frontispice de Jean Dubuffet, Mai hors saison, 1983.
  • Que pourrais-je vous donner de plus grand que mon gouffre ?, avec un frontispice de l’auteur, Mai hors saison, 1983.
  • Paroles d’assaut, Éditions de Minuit, 1968
  • La parole qui me porte, Éditions Mercure de France, 1965.
  • Table rase, Éditions Mercure de France, 1963.
  • Lacunes , Éditions Mercure de France, 1960.
  • Les Poings sur les i…, Éditions Mercure de France, 1955.
  • Matière grise, avec un frontispice de l’auteur, Éditions GLM, 1953.
  • Comme ça, avec trois dessins de l’auteur, Éditions GLM, 1952.
  • Poésie mutilée, avec sept dessins de l’auteur, Éditions GLM, 1951.
  • Sans muselière, avec douze dessins de l’auteur, Éditions GLM, 1949.
  • Pointes de feu, poèmes, avec un dessin de Marek Swarc, Éditions Horizon, 1948.

Traduction du russe

  • Requiem, d’Anna Akhmatova, Éditions de Minuit, 1966.
  • Seize poèmes, de Joseph Brodsky. Éditions Les Lettres nouvelles, 1964.

Sur Paul Valet

  • Paul Valet, soleils d’insoumission, par Jacques Lacarrière, Nouvelles Éditions Places, 2001.
  • Paul Valet, mutin intégral, Éditions Le Grand Hors-jeu, 1992.
  • Cahier Paul Valet, conçu par Guy Benoit, Éditions Le Temps qu’il fait, 1987.

Inédits
Ouïr, Hors cri, Antilopes, Pieds bôts, Caronades, Fissures, Nulle part, Ombres affamées, Antres acéphales, Mains glauques, Mouvances, Correspondances, dont 22 lettres de Jean Dubuffet à Paul Valet