Paysage du poème

Chantal Dupuy-Dunier

Les mots de la forêt
possèdent la densité des verts.
À la base du ciel,
les montagnes inversent leur perspective,
creusent des encriers pour d’invisibles êtres
et les vallées saignent sous la morsure de l’herbe
offrant à la terre leur hémorragie.

Tout parle.
Aux lèvres des pierres,
le veilleur discerne, chant ininterrompu,
la voix des hommes disparus
mêlée à celle des dieux oubliés.
Poème chevillé au corps,
entends ce qui frémit sous le derme du fleuve !
– Le langage est tellement plus vaste que le réel –
Chaque mot recèle un nouveau soleil,
lumière au firmament des pages,
tant d’accords inédits,
chair du silence.

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.