Paysage du poème

Chantal Dupuy-Dunier

Les mots de la forêt
possèdent la densité des verts.
À la base du ciel,
les montagnes inversent leur perspective,
creusent des encriers pour d’invisibles êtres
et les vallées saignent sous la morsure de l’herbe
offrant à la terre leur hémorragie.

Tout parle.
Aux lèvres des pierres,
le veilleur discerne, chant ininterrompu,
la voix des hommes disparus
mêlée à celle des dieux oubliés.
Poème chevillé au corps,
entends ce qui frémit sous le derme du fleuve !
– Le langage est tellement plus vaste que le réel –
Chaque mot recèle un nouveau soleil,
lumière au firmament des pages,
tant d’accords inédits,
chair du silence.

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.