Paysage du poème

Chantal Dupuy-Dunier

Les mots de la forêt
possèdent la densité des verts.
À la base du ciel,
les montagnes inversent leur perspective,
creusent des encriers pour d’invisibles êtres
et les vallées saignent sous la morsure de l’herbe
offrant à la terre leur hémorragie.

Tout parle.
Aux lèvres des pierres,
le veilleur discerne, chant ininterrompu,
la voix des hommes disparus
mêlée à celle des dieux oubliés.
Poème chevillé au corps,
entends ce qui frémit sous le derme du fleuve !
– Le langage est tellement plus vaste que le réel –
Chaque mot recèle un nouveau soleil,
lumière au firmament des pages,
tant d’accords inédits,
chair du silence.

Poème
de l’instant

Emmanuel Moses

Il était une demi-fois

Donnez-moi un mot
J’en ferai deux, j’en ferai trois
Et puis cent, et puis mille
Et quand je ne pourrai plus compter
Je repartirai en arrière
Jusqu’au tout premier
Qui sera le dernier.

Il était une demi-fois, Emmanuel Moses, illustré par Maurice Miette, Éditions Lanskine, 2019, p.32.