Personne

Auteur : Antoine Emaz

Personne

Préface de Ludovic Degroote

Personne réunit une série de textes publiés par Antoine Emaz en éditions limitées, la plupart dans les deux dernières années de sa vie. Au travers de vers brefs, émaciés, tenus par un fil fragile et esseulé, Antoine Emaz touche à la porosité, le calme effritement de l’existence. A marée basse il observe le repli des silhouettes sur la plage, regarde sans la retenir une forme du monde disparaître. Ces êtres lentement dévitalisés dans le ressassement lancinant du paysage, perdus dans les vagues, dans le vent, traversent les poèmes comme des fantômes, en miroir. Nous ne sommes que des passants, « rien d’autre ». Il faudrait tenir contre le vent, qui balaie le corps, balaie la mémoire. Mais tout s’efface dans le « le peu de poids des jours », les visages, les souvenirs qui se délavent au soleil, rejoignent la clarté ouverte, la transparence de l’air. Les poèmes eux-même semblent présenter deux visages, s’écrivent autant en mots qu’en creux, épousent le flux et le reflux des vagues et chaque parole adressée paraît tendre vers la vie - lecteur ou compagnon - avant de se retirer dans le silence. C’est une douce et triste traversée, celle des présences discrètes, des objets familiers, des paysages immobiles. Et du linge qui sèche dans l’air au-dehors, claque dans le vent, dans la lumière, comme un « long linceul ». Tout au bout de cette lente présence du regard, entre évocations tangibles et oscillations sensibles, au final « on est seul à passer ».

Paru le 20 mars 2020

Éditeur : Unes

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Leconte de Lisle

Midi

Homme, si, le cœur plein de joie ou d’amertume,
Tu passais vers midi dans les champs radieux,
Fuis ! la Nature est vide et le Soleil consume :
Rien n’est vivant ici, rien n’est triste ou joyeux.

Mais si, désabusé des larmes et du rire,
Altéré de l’oubli de ce monde agité,
Tu veux, ne sachant plus pardonner ou maudire,
Goûter une suprême et morne volupté,

Viens ! Le Soleil te parle en paroles sublimes ;
Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin ;
Et retourne à pas lents vers les cités infimes,
Le cœur trempé sept fois dans le Néant divin.

Leconte de Lisle, 1818-1894, « Midi », Poésies antiques, 1852.