Pierre Chappuis : Tracés d’incertitude

Auteur : Christian Hubin

Le présent volume rassemble diverses notes de lecture écrites au fil des ans et allant, entre autres, de Pierre Reverdy à Philippe Jaccottet ou Gérard Macé, de René Char à Pierre Voélin, Christian Hubin ou Claude Dourguin sans compter quelques pages à ajouter en guise de points d’orgue aux deux essais sur Michel Leiris et André du Bouchet réédités conjointement, également chez Corti, dans un ouvrage à part.

Tant bien que mal, au gré de circonstances et de dispositions favorables, de préférences subites ou renouvelées, quelquefois passagères, le plus souvent durables, articles, notes auront fini par dessiner dans le désordre des jours un itinéraire de lecteur — multiple, varié, voire déroutant, dicté par le seul souci de laisser parler l’autre en soi, de faire au poème une place entière et, d’écriture à écriture, d’entrer en résonance étroite.
En regard d’autres (les plus nombreux) effacés, embroussaillés, voués à l’oubli ou intervenus à un mauvais moment, ai-je tort d’avoir songé à reprendre certains des parcours les mieux marqués au prix, relecture faite, de réajustements ?
Pas de plan ; pas de vue d’ensemble, mais de libres allées et venues comme de qui, en proie à une dévoration intérieure, aurait battu le pays (avec le temps devenu sien) sans être rassasié de découvertes, de rencontres ni las de s’égarer ou de retrouver son chemin, de prendre de nouveaux repères, promeneur sur des sentiers de solitude (mais promeneur parmi d’autres) dont les tracés ne sauraient avoir de valeur que momentanée, toujours en défaut, lacuneux, en voie d’être dépassés. Tracés d’incertitude.

Paru le 1er mai 2003

Éditeur : José Corti

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.