Pierre Reverdy

Jean Chaudier

Amitié du soleil au travers
De la vitre le jour commence
Il est temps de fermer
Le cahier et de jaillir dans
Cette lumière et de s’en aller
D’un pas plein d’espérance

Et déjà l’œil et la mèche noirs
Nord-Sud pour toute direction
Pierre Reverdy indique la voie
 Du dépouillement

Sensibilité extrême homme face
Au gouffre, peut-être la poésie
Cubiste et l’ellipse comme arme
Contre ce monde si peu supportable

D’une humeur bouillonnante il pratique
Ce lyrisme en marche vers l’inconnu
 Où la neige devient bleue

Poème
de l’instant

Lettres à Sophie Volland

10 juillet 1759,

J’écris sans voir. Je suis venu ; je voulais vous baiser la main et m’en retourner. Je m’en retournerai sans cette récompense ; mais ne serai-je pas assez récompensé si je vous ai montré combien je vous aime ? Il est neuf heures, je vous écris que je vous aime. Je veux du moins vous l’écrire ; mais je ne sais si la plume se prête à mon désir. Ne viendrez-vous point pour que je vous le dise et que je m’enfuie ?

Adieu, ma Sophie, bonsoir ; votre cœur ne vous dit donc pas que je suis ici ? Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres : cette situation devrait m’inspirer des choses bien tendres. Je n’en éprouve qu’une : je ne saurais sortir d’ici. L’espoir de vous voir un moment m’y retient, et j’y continue de vous parler, sans savoir si j’y forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime.

Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland.