Poème à Lazare de José Ángel Valente

Traduits de l’espagnol et présenté par Laurence Viguié avec des encres de Philippe Canal.

« C’est bien sous le signe du devoir moral qui incombe au poète que se placent les Poèmes à Lazare : Je ne dois pas / proclamer ainsi ma douleur, tels sont les premiers vers du “Premier poème”, poème liminaire qui énonce avec force la conception de la poésie qui préside dans ce recueil. Le contenu du devoir auquel est soumis le poète est double : la poésie n’est en aucun cas le lieu d’une confession du moi, les sentiments du poète ne doivent pas y avoir de place. Elle a aussi pour mission de combattre au cœur de la cité, ici détruite, d’œuvrer pour le salut des hommes et fait sienne la condamnation platonicienne des fables du poète. »

Je ne dois pas
proclamer ainsi ma douleur.
Je suis gai ou triste et qu’importe ?
Qui aiderai-je ?
Quel salut ferai-je naître d’une plainte ?

Et, pourtant, je raconte mon histoire,
je retombe sur moi-même, coupable
de ces paroles mêmes que je combats.

Paru le 1er octobre 2007

Éditeur : La Différence

Genre de la parution : Version bilingue

Poème
de l’instant

Olivier Barbarant

Essais de voix malgré le vent

Voilà dix ans que je tente passer la rampe sans trop forcer les choses ni les mots gaspillés
Tant que faire se peut à éviter les coups de glotte ou le leurre d’en rajouter
Dix ans à prendre les pages pour cet étrange mégaphone où le murmure porte au loin sans briser si possible sa première douceur
À croire qu’avec le livre ouvert c’est le frisson qui se propage et qui peut-être se survit

Dix ans à vous prêter entre mon corps et l’ombre ce bruit de branche agitée qu’un jour vous aussi avez entendu
Sans toujours songer à le dire si bien que je le fais pour vous
Rêvant des phrases et formes de remords comme une mûre dans les ronces
Rompant lentement le silence jusqu’à nos lèvres écorchées
Pour faire place au peu de jours de vous à moi qui nous rassemble.

Essais de voix malgré le vent, Éditions Champ Vallon, 2004.