Poème à Lazare de José Ángel Valente

Traduits de l’espagnol et présenté par Laurence Viguié avec des encres de Philippe Canal.

« C’est bien sous le signe du devoir moral qui incombe au poète que se placent les Poèmes à Lazare : Je ne dois pas / proclamer ainsi ma douleur, tels sont les premiers vers du “Premier poème”, poème liminaire qui énonce avec force la conception de la poésie qui préside dans ce recueil. Le contenu du devoir auquel est soumis le poète est double : la poésie n’est en aucun cas le lieu d’une confession du moi, les sentiments du poète ne doivent pas y avoir de place. Elle a aussi pour mission de combattre au cœur de la cité, ici détruite, d’œuvrer pour le salut des hommes et fait sienne la condamnation platonicienne des fables du poète. »

Je ne dois pas
proclamer ainsi ma douleur.
Je suis gai ou triste et qu’importe ?
Qui aiderai-je ?
Quel salut ferai-je naître d’une plainte ?

Et, pourtant, je raconte mon histoire,
je retombe sur moi-même, coupable
de ces paroles mêmes que je combats.

Paru le 1er octobre 2007

Éditeur : La Différence

Genre de la parution : Version bilingue

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.