Poème à Lazare de José Ángel Valente

Traduits de l’espagnol et présenté par Laurence Viguié avec des encres de Philippe Canal.

« C’est bien sous le signe du devoir moral qui incombe au poète que se placent les Poèmes à Lazare : Je ne dois pas / proclamer ainsi ma douleur, tels sont les premiers vers du “Premier poème”, poème liminaire qui énonce avec force la conception de la poésie qui préside dans ce recueil. Le contenu du devoir auquel est soumis le poète est double : la poésie n’est en aucun cas le lieu d’une confession du moi, les sentiments du poète ne doivent pas y avoir de place. Elle a aussi pour mission de combattre au cœur de la cité, ici détruite, d’œuvrer pour le salut des hommes et fait sienne la condamnation platonicienne des fables du poète. »

Je ne dois pas
proclamer ainsi ma douleur.
Je suis gai ou triste et qu’importe ?
Qui aiderai-je ?
Quel salut ferai-je naître d’une plainte ?

Et, pourtant, je raconte mon histoire,
je retombe sur moi-même, coupable
de ces paroles mêmes que je combats.

Paru le 1er octobre 2007

Éditeur : La Différence

Genre de la parution : Version bilingue

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.