Poème d’Alain Leprest pour la ville de Cahors

Poème d’Alain Leprest, musique de Romain Didier
Pour la ville de Cahors

Trimbaler sur son épaule
De Cahors à la Baule
Un Steinway à bretelles
Entr’ouvrir à deux battants
dix-huit kilos de vent
son âme et ses lamelles

courir entre swing et slow
dans le dos d’un cabot
qui se prend pour « Trenet »
et r’plier au fond d’un sac
des étincelles de nacre
et des braises de musette

Musichien
Musichienne de vie
Fais la magie entre tes deux
mains

magie musi-musichien

trimbaler dans son poumon
le monde en partitions
et dix milliards de notes
s’éveiller près d’un orchestre
qui dort dans un flight-case
dans un hôtel sans chiottes

entre La Baule et Cahors
dormir le cœur dehors
attendre une péniche
un train ou un taxi jaune
un bus un métronome
pour regagner sa niche

musichien
musichienne de vie
fais la magie entre tes deux mains
magie musi-musichien

dix jetons de téléphone
de Cahors à Clermont
et rechanger d’adresse
et la cravate dénouée
le concert terminé
abandonner sa laisse

trimbaler au bout des doigts
sa fatigue son toit
son lit et sa litière
entre tango et java
SACEM et SPA
Finir à la fourière

Musichien
Musichienne de vie
Fais la magie entre tes deux
Mains
Vas-y musi-musichien

avec l’aimable autorisation d’Allain Leprest pour le texte et de Romain Didier pour la musique

Poème
de l’instant

L’ARDEUR COSMIQUE

L’Ordre et la Vérité sont nés
de l’Ardeur qui s’allume.
De là est née la Nuit.
De là l’Océan et ses ondes.

De l’Océan avec ses ondes
naquit l’Année,
qui répartit jours et nuits,
régissant tout ce qui cligne des yeux.

Rig-Véda, « L’ARDEUR COSMIQUE », traduit du sanskrit par Louis Renou, Du feu au cœur du vent, Trésor de la poésie indienne, Édition de Zéno Bianu, Poésie/Gallimard, 2020.