Poème sur Violoncelle

Anne Marie Bernad

Poème sur Violoncelle « Echmiadzine et le mont Ararat » en Arménie

Le pincement des ténèbres situe la profondeur du drame et secoue les cœurs sur les ruines d’un pays épuisé. La vibration sonne le glas d’un peuple en prière, agenouillé dans une souffrance étouffée, soumis par la puissance hostile du peuple voisin.

Haut lieu du calvaire, face à la croix, l’immense rumeur se lève et s’effondre, cordes tendues, sur la confusion d’un chaos qui s’impose dans la brûlure et s’effiloche dans la douleur difficile à porter.

Puis, surgit dont ne sais où, une voix mélodieuse, entre le cri et la prière, ouvre l’espace d’un monde qui nie le mal et qui ne peut que se taire dans la solitude de cet accord plein d’espérance.

Le ton est donné à l’espoir d’une vie imprenable, qui ne redoute pas le souffle de l’esprit et qui s’élève à l’unisson pour l’harmonie des cœurs, dans un monde impardonnable de domination

Alors, dans la floraison d’une unité spirituelle, le chœur de la prière s’élève crescendo du milieu de la peur et des ruines, dans une sensuelle démonstration de vie aux tremblements humains

L’espoir gagne la partition, dans une remontée Pascale, purifié par le regard porté sur un désastre inutile ou l’incompréhension et la haine sont englouties, où la puissance de l’Esprit a retrouvé la force première de l’origine

Tout peut baigner dans la lumière lorsque des chants mélodieux distancient le pouvoir ; il n’y a plus de luttes obscures , ni de larmes , seulement un espace , une incantation dont la hauteur exprime cette beauté que l’homme seul de peut atteindre

Dieu ! que ta volonté d’amour soit le cri de notre terre, dépeuplée dans sa beauté par le mal, mais œuvre d’art entre tes mains de musicien des aurores

Anne Marie BERNAD

inédit, Rodez le 10/03/09

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.