Poèmes

Le billet de Pascal

Liliane Wouters

Peut-être, quand je m’en irai,
reviendra-t-il une dernière fois
s’assoir auprès de moi
pour me dire « Allons, prends courage »
et me souffler mon nom secret
me dévoiler mon vrai visage
me dire qui j’étais. Le billet de Pascal, Éditions Phi, 2000.

Rayons de miel

Ivres de ciel
Oasis suspendue
Éclats de lumière
Tranchant comme un glaive
FRANCK FERRATY
Sur le vif
Interstices Éditions / 2020

Ne sais pourquoi moi

Ne sais pourquoi moi,
Noir,
Je dois me tenir encore
Dos
À la dernière limite
De la peur
Dans mon propre pays.
LANGSTON HUGUES
1901 > 1967
La panthère et le fouet
Traduction Pascal Neveu
Ypsilon / 2021

Un jour parfait

Un jour parfait
doux soupirs marins dans les pins
tous les rivages marqués
Dehors à la fenêtre les fictions
s’effondrent
SUSAN HOWE
Il n’y a pas assez de feuilles
Ypsilon / 2021

Je lave mon linge sale

Je lave mon linge sale
mes secrets inavoués
les promesses en l’air
je ne cherche plus le goût du risque
seulement celui de l’abandon
LULLA CLOWSKI
Même Reddit ne peut pas nous sauver
10 pages au carré / 2021

J’ai l’humeur des baignoires

J’ai l’humeur des baignoires
D’eau bénite J’ai l’humeur
Des hôtels en bord d’autoroute
Des longs-métrages en noir et blanc
J’ai l’humeur des tableaux
que l’on décroche des murs
ANDREA THOMINOT
J’habite désormais juste en dessous du ciel
10 pages au carré / 2021

Nous sommes des feuilles qui tombent

Nous sommes des feuilles qui tombent, des tiges
éphémères. Alors restons ensemble
dans ce vert qui réjouit
ALBERTO NESSI
Minimalia
Traduction Christian Viredaz
Cheyne / 2022

Je me souviens de la couleur de la musique

Je me souviens de la couleur de la musique
et comment pour toujours
toutes les cloches tremblantes en vous
seraient les miennes.
ANNE SEXTON
1928 > 1974
Tu vis ou tu meurs
Œuvres poétiques
Éditions des femmes Antoinette Fouque / 2022

J’ai un très bon copain qui s’appelle Blumberg

J’ai un très bon copain qui s’appelle Blumberg. Tache de
rousseur, cheveux crépus, parents russes exilés. Il habite au
40, rue d’Auteuil.
Je suis toujours fourré chez lui et lui chez moi. Parfois sa
mère fait du bortsch. Un bortsch de compétition. Blumberg
me connaît par cœur : quand je suis triste, il est triste. Il me
voit arriver, blême.
- Qu’est-ce qui t’arrive, t’as un problème ?
Là, je fonds en larmes.
fait du bien parfois.
BERTRAND BLIER
Fragile des bronches
Éditions Seghers / (…)

J’ai vu tant de personnes

J’ai vu
tant de personnes
mourir autour de moi
Mais je n’ai assisté
à aucune
résurrection !
ABDELLATIF LAÂBI
La poésie est invincible
Le Castor Astral / 2022

Poème
de l’instant

Une tristesse bleue et grise

Évidemment l’orgueil et la trouble passion
Les papiers arrachés, bien sûr, les volets clos
Les livres sans mémoire et presque à l’abandon
L’étui de ton violon fermé comme un sanglot
Mais penser à tes gestes carrés vers les miens
La presque cruauté, la langueur infinie
Le rire en plein désir et les larmes à la fin
M’ont fait aimer la mort et préférer la vie

Sarclo, Une tristesse bleue et grise, « Éloge d’une tristesse », Côtes du Rhône Productions, 1992.