Poèmes

Ludovic Janvier

Ludovic Janvier

Renversé
tête aux nuages
aspiré
par l’oubli

Qui dérive
et t’efface
rien que souffle
et que rien

*

Eternelle
une vache
vous regarde
en broyant

L’épaisseur
de l’instant
maternel
sous les mouches

*

Oranger
chèvrefeuille
ou jasmin
l’infini

Suffira
pour ouvrir
la prison
par l’odeur

*

Chevelu
vers le ciel
chevelu
sous la terre

L’arbre tend
vers les astres
et la nuit
phréatique

*
Pluie sur pluie
le silence
ouvre sur
un fracas

Ruisselant
longue haleine
oubliée
par le temps

*

Nuit liquide
au repos
l’eau attend
que tu puises

Lentement
la fraîcheur
nécessaire
à la voix

*

Sur le lac
ce réseau
de reflets
qui scintillent

Un filet
palpitant
dont la prise
est lumière

Poème
de l’instant

Treizième poésie verticale

Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.

Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.

Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz, Treizième poésie verticale, traduit de l’argentin par Roger Munier, Librairie José Corti, 1993.