Poèmes à dire, une anthologie de la poésie francophone

Auteur : Zéno Bianu

Poèmes à dire, une anthologie de la poésie francophone

Cette anthologie de poésie contemporaine francophone s’attache à révéler le chant profond, toujours à l’œuvre, dans les poèmes du XXe siècle. De Paul Claudel à Valérie Rouzeau, d’Antonin Artaud à Ghérasim Luca, de Charles Péguy à Serge Pey, ces textes disent toute leur musique à voix haute.

Lire, c’est dire - et dire, c’est se dire. Écoutez comme tout le corps passe dans la voix. Dites, en vous disant, toutes les couleurs de la langue. Car ces « poèmes à dire » sont aussi à aboyer, articuler, barytonner, beugler, bourdonner, brailler, célébrer, chansonner, chantonner, chanter, chuchoter, confier, crier, déclamer, déclarer, découvrir, dévoiler, dégoiser, entonner, ébruiter, exalter, exprimer, feuler, fredonner, gazouiller, glorifier, gueuler, hurler, manifester, marteler, miauler, moduler, murmurer, pépier, proclamer, prononcer, propager, proposer, pulser, réciter, répéter, révéler, roucouler, rugir, siffler, solfier, souffler, sourire, striduler, vocaliser.
Poèmes à dire et à redire. Dans la jubilation du partage. Poèmes adressés à l’autre, tendus vers l’autre dans une fraternité essentielle - fût-elle désespérée. Poèmes-« poignées de main » (selon la formule de Paul Celan). Poèmes-exorcismes, au sens de Michaux, qui nous demande de « tenir en échec les puissances environnantes du monde hostile ». Poèmes-offrandes, poèmes-facéties, poèmes-insurrections.

Réédition 2013. Présentation et choix de Zéno Bianu, Collection Poésie/Gallimard.

Paru le 1er mars 2012

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Anthologie

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.