Poèmes d’Henrick Ibsen

Poèmes d'Henrick Ibsen

Sur les hauteurs

Sac au dos jeté
et carabine chargée à la main,
poêle fermé et porte close
avec chevillette et clenche d’osier,
puis un tour chez ma vieille mère
dans la pièce tout à côté, –
une poignée de mains en guise d’adieu, – un mot, –
« Je reviendrai aussi gaillard que je m’en vais,
et jusque-là – paix de Dieu ! »

Remonter les courbes du sentier étroit,
il mène au petit bois ;
mais derrière moi, fjord et val
dans un clair de lune brumeux.
Je passe devant le mur de mon voisin,
tout est si tranquille à la ferme ;
mais au delà de la grille au pied d’un merisier
une sorte de bruissement de feuilles au passage d’un corsage
qui sonnait léger et doux.

Elle était là dans son chemisier blanc,
elle me souhaita le bonsoir.
Elle était si belle, elle était si délicate,
si fraîche, comme fleur de fjeld.
D’un œil elle riait et de l’autre
elle faisait un petit air fripon !
Je ris comme elle, et tout soudain,
je fus à la barrière, tout près,
seulement, alors, son œil se mouilla. […]

Paru le 1er octobre 2006

Éditeur : Les Belles Lettres

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Ludovic Janvier

Bientôt le soleil

« Je ne cherche pas l’essor, l’oubli, la grâce, je sais qu’ils me sont impossibles. Et d’ailleurs je ne le voudrais pas. L’ange me fait peur. Non, je cherche la présence et le poids, ou plus exactement la présence me cherche, le poids me trouve, le poids sur moi de la lumière comme un mur, la présence à plein regard de la mer qui fait masse ou du feuillage hanté par le ciel. De sorte que les jours de timidité, ou de trop fort vouloir, je reste pris dans la glu du moment, prisonnier du trop plein jusqu’à la nausée. Les jours de décision, j’allais dire de légèreté mais ne te vante pas, je vois sortir de moi une réponse, plus ou moins claire, plus ou moins simple, plus ou moins forte. Content ? Non, jamais content. Mais, quand même, content. »

Ludovic Janvier, Bientôt le soleil, Flohic Éditions, 1998.