terrains vagues

Tu cueilles pour moi
des mûres poussiéreuses
au goût de septembre
et pendant qu’entre mes dents
je tente d’écraser les petites graines
je me dis que grandir
c’est à chaque fois quitter l’été.

Géraldine Hérédia, terrains vagues, Le port a jauni, 2021.

Poème
de l’instant

Fleur de peau

Je n’ai jamais passé la mer
Pour quitter mon pays
Je n’ai jamais risqué ma vie
Je n’ai jamais frôlé la mort
Au hasard de la folie
Jamais voulu l’oubli
Je n’ai jamais serré la main
menottée de la loi
Jamais perdu, brisé ma voix
Et pourtant chaque jour
Je sens monter la plainte sans joie
Oh mais tais-toi

Jeanne Cherhal, « Fleur de peau » , L’An 40 , Éditions Tibia, 2019.