Poèmes

Retour de l’automne

Charles Juliet

retour de l’automne
et de la solitude
les longues et moroses
journées de pluie
l’ennui
alourdit le silence
fige les heures
te livre
aux vieux démons
trop de mauvais souvenirs
encombrent ta mémoire
te reconduisent aux jours anciens
te maintiennent prisonnier
de ce qui n’est plus
nausée
du ressassement
de l’ennui
de la torpeur
des heures grises
sache une bonne fois
leur dire non
et reviens à la vie sors
va marcher sur les collines
et laisse le vent
te traverser la tête
laisse (…)

La flamme de la petite bougie

Abdellatif Laâbi

Cela dit
c’est de persister qu’il s’agit
Ne pas oublier
le feuillage ayant cette vertu
les astres inexplorés
qui naviguent à vue
sur les flots de l’éternité
Protéger de ses poèmes nus
la flamme de la petite bougie
Supporter la brûlure
de ses larmes
et savoir à temps
la passer au suivant
Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars (…)

Les feuilles sont l’espoir des racines

Jacques Lacarrière

Les feuilles sont l’espoir des racines
Les fleurs, celui des branches
Et le bourgeon, celui de la ramure
Pour nous, quelle sève à notre espoir ?
Le ramage est l’espoir de l’oiseau
Le clapotis, celui des eaux
Le chuchotement celui des vents
Pour nous, quel chant à notre espoir ?
La rose est l’espoir de la tige
Le bleu, celui de l’océan
Et le vert, celui du printemps
Pour nous quelle couleur à notre espoir ?
Le miel est l’espoir de la ruche
Le vin est celui de la vigne
Et la miche est (…)

L’espoir ?

Alain Lance

Il est encore plus las quand vient l’heure d’été
Il nous quitte la nuit pour des malheurs lointains
Il nous fait marcher sur la lune
Ou sur la tête
Parfois son drapeau claque au-dessus des massacres
Il est portable biodégradable aisément recyclable
Souvent l’un de ses fragments
Datant de la dernière révolution
Explose au visage de celui qui le déterre
On l’administre dans les cliniques
On le crache au distributeur automatique
Il se colle au corps nu des géantes
Affichées dans nos (…)

Le pape parle à la fumée…

Pierre Lartigue

Le pape parle à la fumée.
La vérité sort de la bouche
De Saint George Dobeliou Bush.
L’asphalte luit comme une épée.
L’espoir est un fétu de paille
Un poisson dans les aubépines
Une ligne d’alphabet Braille
L’anémone, la Palestine,
L’étoile rose du laurier
Près d’une étable bombardée.
Six mille morts pour une fable,
Un mensonge, histoire inventée !
Où sont les fusées redoutables ?
Où sont les armées surarmées ?
Nous n’avons vu que cible, sable
Et les rivières desséchées.
La preuve glisse sous la (…)

Dévoilez-moi l’espoir

Gérard Le Gouic

Dévoilez-moi l’espoir qui vous tourmente,
je vous révèlerai la douleur qui vous ronge,
mais l’espoir est un intime secret
qui brûle comme l’âtre de la mer,
qui lave comme le sel de l’amour
et vous aide à inscrire devant vous
l’étrave de votre vie.
L’espoir guide le bâton
du voyant et du pèlerin,
il est votre utopie et vos multiples forces,
votre étoile que vous découvrez
dans les cours d’eau et sous les écorces,
l’espoir est votre aurore de tous les instants.
Poème publié dans l’anthologie Une (…)

Rencontre au Mali

Yvon Le Men

Se confond
avec l’ombre de la case
la couleur de l’enfant.
Ses yeux noirs
plus noirs que sa peau
éclairent l’obscurité de la case.
Il n’a jamais vu d’homme blanc
ni le moindre de ses enfants
dont il aurait pu protéger les jeux
écouter les histoires de nègres
qui faisaient peur.
Il aurait pu alors
rire de la crainte qu’elles inspiraient
lui si petit
dont les yeux éclairaient seulement l’obscurité de la case
et le cœur de sa mère.
Il n’a jamais entendu d’homme blanc
dont les paroles (…)

Le roi-malade

Jean-Pierre Lemaire

à Jeanne-Marie
Le miracle est si lent qu’on ne peut le suivre ;
à la fin, tu verras le soleil du soir,
plus haut dans le ciel,
te rendre la terre un long après-midi.
Que faire de ce temps
nouveau avant le terme ?
Un vent léger moire les champs de luzerne.
Bientôt, tu reprendras la tâche abandonnée.
Bientôt. Mais d’abord,
tendre la main vers le soleil,
invisible tant qu’il était au zénith,
familier maintenant,
dans le pommier, au bord des toits
et sur le mur à ton chevet.
Devenu dans ton (…)

l’appel

Françoise Lison-Leroy

déposer l’armure/ bagage usé/
criblé de balles/ sur le sol aux herbes
rases/ balayer devant l’abri/ se faire un
lit de paille/ reprendre haleine/ entendre
éclater les verrous
corps-à-corps avec la pierre/
avec le tumulte des limbes/ quand nul
ne croit à la légende/ qui bouscule
ou ravit/ et dont la clé/ rouillée/
est un signe des morts
il fait jour à présent/ les haies
ont desserré leurs liens/ tu peux franchir/ le
fossé aux eaux mortes/ courir du côté des
lessives/ où de grands bras (…)

L’espoir luit

Jean-Michel Maulpoix

L’espoir luit comme un brin de paille
Comme une étincelle d’or sur les neiges d’antan
Comme les voiles au loin descendant vers Harfleur
Jusqu’à l’autre océan où la splendeur éclate.
L’espoir luit comme cette eau courante
Qui baigne les mains silencieuses
Traçant de lentes lignes claires.
Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars (…)

Poème
de l’instant

Évariste de Parny

Poésies érotiques

Enfin, ma chère Éléonore,
Tu l’as connu ce péché si charmant
Que tu craignois, même en le désirant ;
En le goûtant, tu le craignois encore.
Eh bien, dis-moi ; qu’a-t-il donc d’effrayant ?
Que laisse-t-il après lui dans ton âme ?
Un léger trouble, un tendre souvenir,
L’étonnement de sa nouvelle flamme,
Un doux regret, et surtout un désir…
… Moments délicieux, où nos baisers de flamme,
Mollement égarés, se cherchent pour s’unir !
Où de douces fureurs s’emparant de notre âme,
Laissent un libre cours au bizarre désir !

Évariste de Parny, Poésies érotiques, 1778.