Poèmes

L’espoir est une veilleuse fragile

Bernard Mazo

Sur cette terre vouée au désastre
Nous tenons nous résistons
Nous nous arc-boutons
Contre vents et marées
Défiant le soleil des armes
Son éclat meurtrier.
Car il faut persister persister sans fin
Dans l’âpreté des jours
Comme si l’on ne devait jamais mourir…
Dans ce poème ce n’est pas moi qui vous parle
Dans ce poème ce n’est pas ma voix que vous entendez
Mais ce qui me traverse et me maintient :
L’ombre désespérée de la beauté
Cet espoir infini au cœur des hommes
Car dans nos mains qui (…)

Post-verbum aux demains sans tutelles

Matthieu Messagier

la plupart des manèges et la nuit a tardé
dessus les restes hasards de sueurs nouvelles nées
et dès que les rôles emportent les légendes
là où les sons obtiennent le fard à déprendre
sur les voiles de larmes encore rugueuses
que le parage a abandonné derrière lui
des papillons de nuit aux teintes obscurantes
pour ce que leur vie arrête en ce royaume
soudain allument de biais sans que l’os y consente
les us inespérés de mondes en dense et séculiers
et les dés à découdre du moins résolvent les (…)

Dans la nuit,…

Jean Métellus

Dans la nuit,
Couleur de ma peau, ciment des mystères,
Silence du soleil, démence des despotes
Un rêve instable murmure les hauts faits de l’histoire
Déplisse les cicatrices habitées par le temps
Dans la nuit,
Royaume des maudits, forteresse à jeun,
Forêt de peurs et de pleurs
Le goût de la lumière allumera-t-il la colère
Brisera-t-il la tutelle de l’ignorance et de l’impudence ?
Dans la nuit,
Baptistère et suaire des prières,
Terreau et tombeau des songes,
L’étreinte de la douleur (…)

J’ai laissé sur le sol mes armes

Luis Mizón

J’ai laissé sur le sol mes armes
de chasseur
et tout mon silence durci sur le feu
nu contre le sol
je cherche à être la terre
le support de l’étoile du matin
je nais et je renais
dans la grotte vide
où nous tenons à peine
mais dis-moi comment
pouvons-nous être ensemble ?
je touche avec douceur
la peau amie de tes lèvres
je souffle en toi avec ma bouche sans peur
le charbon
et la plume
la mèche de ton âme
Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, (…)

<i>Une salve d'avenir. L'espoir, anthologie poétique</i>

Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique

Azadée Nichapour

À Romain G.
Ce qui conte
C’est la Réalité
avec un grand air
Mon amour
Tout serait vrai en ce monde
S’il n’y avait notre regard
Détourner les lignes de mire
Déplacer les points les côtés
Relier tous les hasards
À la recherche de la beauté
Contre la mort qui nous hante
Contre la guerre qui nous guette
Ton regard invente la vie
Mon espoir met le monde au monde
Il est parfois la Beauté
C’est elle la Fée qui nous réalise
Elle seule console de la Cruauté
De naître au sein de (…)

L’espoir

Gérard Noiret

Un vieil homme qui échange des timbres contre un minimum
d’attention.
Un rire au ralenti.
Une essoufflée qui tend sa main au museau frais de l’ombre.
Un prénom où s’embuent les regards.
Un lac qui rêve éveillé.
Un malheureux ébloui de l’intérieur.
Un livre de chevet. Dix siècles plus tard des oiseaux partent de lui.
Mon troisième souhait : celui d’avoir trois nouveaux souhaits.
Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars (…)

Le poids d’une éponge croit

Serge Pey

Le poids d’une éponge croit en proportion avec le nombre de gouttes d’eau qu’elle absorbe
Mais aucune éponge ne peut absorber toute l’eau du monde
Quand une éponge est saturée personne ne peut prévoir le comportement de l’eau qu’elle n’absorbe plus ni le comportement du monde
Il faut imaginer pourtant une éponge qui absorberait toute l’eau du monde
Nous la mettrions à la place de notre mouchoir dans la poche du coeur Nous serions un bateau Nous serions le sel Nous serions tous les fleuves du (…)

Mange ta poire

Christian Prigent

Laisse, poire, moi
toucher à ta chair
et maintenant, oh,
maintenant
je la sens : mange le présent !
ainsi l’essence parmi
les choses intranquilles de
la politique est
la fin de la politique est
une sorte d’âme de
la politique : l’action
de s’opposer spécifiquement
et basta suffit les poires fraîches sont
une forme leur fraîcheur l’informe de
l’intranquillité (ensemble-seuls nous
allons ô mes amis dans la fraîcheur sans forme
de l’intranquillité
spécifiques et opposés : doucement poli (…)

L’icône Espérance

Lionel Ray

Il y a le bleu des brèches et des horizons pâles
Il y a que je pense à un figuier comme
A la perfection du sommeil
Il y a que le ciel penche au-dedans de nous
Et se relève : il y a la jeunesse des eaux.
Il y a une icône au fond d’un temple
Et le temps qui s’inscrit tout entier en toi
Il y a ce poème qui te ressemble
Une rose à jamais pure
Rose noire la rose de ta voix.
Il y a une arche au-dessus du froid
Quelque chose qui respire tout près d’ici
Je t’écoute est-ce toi est-ce moi
Il y a (…)

Nous nous trompons

Pascal Riou

Nous nous trompons si nous pensons de Dieu qu’il déserte les nœuds de la raison aveugle, le jeu des gènes et des synapses, les flux d’argent et du désir…
Dans tout cela qui tient le monde, il glisse une absence, l’anche d’un hautbois pour que la vie s’allège à suivre son chant. Et c’est aussi comme, par l’hiver, la buée d’un bon marcheur qui va, se repose et s’élance jusqu’aux lointains paisibles ; de le suivre ainsi et de l’aimer nous touchons l’ombre de sa gloire et puis son rire. (…)

Poème
de l’instant

Coplas

La vérité vraiment vraie
jamais ne se cache en l’obscurité,
elle se cache en la pleine clarté.

José Bergamín, « Coplas », Traduction de L.-F. Delisse, Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.