Poèmes

Prologue de Jean Ristat

Je chante ce que personne encore n’a chanté La guerre ni la paix des empires et la gloire D’un héros à sa charrue labourant un Ciel de carnaval mais le temps étranglé dans Les griffes de l’espace ou l’inverse les mots Au trébuchet les lourds univers tapis comme Des fauves invisibles au coin de l’œil aveugle J’écris la nuit à tâtons la lune à côté Dans la chambre comme une mariée enlève Son voile bleu ma main cherche un rêve oublié Dans la poche du dormeur caché dans les plis Enroulés d’un miroir serpents aux (…)

La chute des corps

Paul Louis Rossi

La chute des corps
dans l’espace n’est mesurable
qu’à demi
Ils glissent contre l’air
transparent
légèrement obliques
Souvent ils croisent
des ancêtres peints en rouge
et bleu
Avec leurs crânes
dans les mains
les saluant à peine
Sculptés dans du bois
de fougères fragiles
avec des dents de cochons
Bienvenue étrangers
passants de l’air liquide
comme le temps change
Vous n’aurez à prononcer
que les paroles vaines
de vos jeunes années
Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. (…)

Journal

Alain Serres

Quand le journal froissé,
et ses yeux de papier
noircis de l’encre
des pauvres mots du jour
eux aussi froissés,
très froissés,
les yeux, les mots,
quand le journal déchiqueté,
aveuglé, et son sourire narquois
et sa bouche tordue
de ses interminables aveux,
quand le journal mis en pièces
puis en boule,
dense comme une souche,
quand le journal dur,
revient
à l’état d’arbre
et qu’il refait refait des feuilles,
il découpe à nouveau
des sourires purs et pâles,
dans l’espace des hommes qui (…)

L’espoir fait vivre

Frédéric Jacques Temple

L’espoir fait vivre,
proclame, résignée,
la routine publique :
ce bel espoir serait
l’absolu placebo
de gloire immémoriale ;
mais un espoir masqué
d’épaisse indifférence
dans la sanglante besogne
du monde à la dérive…
Espoir en Dieu ?
Mais si Dieu siégeait
dans la vaine attente
de l’homme …
Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars (…)

Sans trop forcer

André Velter

Ce monde-ci tel qu’il va n’est pas le mien.
Mais la merveille de ce qui est
veille et s’éveille partout
sans trop forcer le destin ni la note.
Aux mains des teinturiers d’Alep
la soie trouve encore sa lumière
entre les plis de l’arc-en-ciel…
Par les rues des villes mortes
les bergers poussent les bêtes
jusqu’aux batistères des évêques
et les tombeaux des dignitaires
servent de poulaillers…
À Palmyre le soir a ce goût de miel
qui courtise à jamais l’ombre de Zénobie…
Sous les oliviers (…)

Poème
de l’instant

L’agonie du figuier

je t’attendrai debout sur le même sourire
pour conjurer la tempête

Tahar Djaout, 1954-1993, « L’agonie du figuier », apulée, Éditions Zulma, 2021.