Poèmes

Rouen, 2004 d’Antonio Carvajal

Antonio Carvajal, poète espagnol né en 1943 près de Grenade, était à Rouen le 11 mars 2004, date des attentats de Madrid. Venu participer à l’atelier de traduction poétique créé autour de son œuvre par les universités de Rouen, Laval (Québec) et Grenade, c’est aux attentats vus de Rouen qu’il consacre le poème inédit que nous lui avions commandé pour l’atelier. Ce poème (traduit par Claude Couffon), ainsi que les textes traduits par les trois universités seront publiés aux éditions Seghers en avril 2005, sous (…)

Complainte du poussin

Michel Besnier

J’ai une mère poule
et un père moule
Elle est toujours angoissée
lui toujours assoiffé
Ma mère en fait trop
mon père pas assez
Elle nous surveille sans cesse
il nous délaisse
Pendant qu’elle nous raisonne
il claironne
Elle porte un tablier gris
lui un gilet de dandy
Quelle mésalliance
Mais depuis l’œuf
j’ai appris à m’en sortir
Poème extrait de Mes poules parlent, Motus, (…)

sur la ville d’Autun par Jean-Louis Jacquier-Roux

guivre de pierre au jardin d’Eden
suppliante Eve s’exhausse jusqu’au ciel
que regardent ensemble, rue des Bancs,
un homme et son chien dans le petit
matin la ville est belle ivre
de printemps fenêtres et toits brillent
je marche en prenant mon temps
par les rues buissonnières le jugement
dernier attendra un peu je salue
les passants affairés qui me croisent
disciple de quel dieu stupéfait
gislebertus déjà me tient
délestée de quelques onces
la balance pèse encore lourd
mais au tympan la (…)

Tu me grondes

Joël Sadeler

parce que j’ai les doigts
de toutes les couleurs
noir-polar
ou jaune-sable des squares
parfois blanc-banquise
ou rouge-révolution
et même bleu-contusion
Tu me grondes
et tu te trompes
mes doigts je les ai trempés
dans l’amitié
des mains
des enfants
du quartier
des enfants
du monde entier
Poème extrait de La Cour Couleur, Rue du monde, 2002

L’Homme et la mer de Charles Baudelaire

Homme libre toujours tu chériras la mer.
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.
Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;
O mer, nul ne connaît tes richesses (…)

Sensation d’Arthur Rimbaud

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la nature, - heureux comme avec une femme.
Mars 1870

Poème
de l’instant

Lawrence Ferlinghetti

Poésie, art de l’insurrection

Le poème est la fleur d’un instant d’éternité.

Lawrence Ferlinghetti, 1919-2021, « Poésie, art de l’insurrection », Éditions Maelström, 2012.