Poèmes

L’invitation au voyage, de Charles Baudelaire

Dit par une élève du Lycée Couperin, Fontainebleau

Nous reconnaître…

Luc Bérimont

Nous reconnaître : c’est cela Soudain qui fait tanguer la ville Comme un typhon, comme un baril De poudre, exfoliant nos draps, Ta peau me brûle, sa douceur Me désoriente, m’altère Si tes yeux regardent la terre Elle devient bleue jusqu’au cœur, Quand tu marches, je suis désir Quand tu t’allonges je suis barque Je deviens soleil quand tu t’arques A la pointe nue du plaisir. Fends-toi, femme ! fais ta Mer Rouge Laisse un peuple te traverser Que les Hébreux passent à pied Et que Pharaon soit noyé
Lui, (…)

Jour qui donne toute sa chance au jour…

Yvon Le Men

Jour
qui donne toute sa chance au jour
chemins
qui sortent malgré le froid
visages
ramenés en arrière sur les visages
cou de laine autour du cou
neige
lumière et vent
qui donnent le temps de voir la neige
ombres
qui tombent et se relèvent
regards
clairs malgré les ombres
jambes heureuses d’être des pas
Yvon Le Men,
Le jardin des tempêtes, choix de poèmes 1971-1996, Éditions (…)

Poème
de l’instant

Georges Didi-Huberman

Survivance des lucioles

Les lucioles, il ne tient qu’à nous de ne pas les voir disparaître. Or, nous devons pour cela, assumer nous-mêmes la liberté du mouvement, le retrait qui ne soit pas repli, la force diagonale, la faculté de faire apparaître des parcelles d’humanité, le désir indestructible. Nous devons donc nous-mêmes - en retrait du règne et de la gloire, dans la brèche ouverte entre le passé et le futur - devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensée à transmettre. Dire oui dans la nuit traversée de lueurs, et ne pas se contenter de décrire le non de la lumière qui nous aveugle.

Georges Didi-Huberman, Survivance des lucioles, Éditions de Minuit, 2009.