Poèmes

Il faut que tout agisse….de J.W Goethe

Il faut que tout agisse et soit mouvant et crée
Et que la forme change aussitôt que formée.
Tu n’es qu’une apparence, ô repos du moment !
Partout au plus profond se meut l’éternité,
Car toute chose ira se dissoudre au Néant
Si dans l’Etre immobile elle veut demeurer.
Texte tiré de Elégie de Marienbad

Sonnet IX de W. Shakespeare

Serait-ce par crainte de mouiller un
oeil de veuve, que tu te consumes en vie
solitaire ? Ah si sans production tu venais à
mourir, le monde comme femme en viduité
te pleurerait ;
Le monde serait ta veuve, et toujours
lamenterait que tu n’aies nulle forme de toi
laissé derrière ; alors que chaque veuve, par
les yeux des enfants, peut garder forme de son
mari en pensée.
Regarde, ce qu’au monde un pro-
digue gaspille ne fait que changer de mains,
car le monde s’en réjouit ; (…)

Chanson, de Pierre de Ronsard

Douce Maîtresse, touche, Pour soulager mon mal, Ma bouche de ta bouche Plus rouge que coral ; Que mon col soit pressé De ton bras enlacé. Puis, face dessus face, Regarde-moi les yeux, Afin que ton trait passe En mon coeur soucieux, Coeur qui ne vit sinon D’Amour et de ton nom. Je l’ai vu fier et brave, Avant que ta beauté Pour être son esclave Du sein me l’eût ôté ; Mais son mal lui plaît bien, Pourvu qu’il meure tien. Belle, par qui je donne A mes yeux tant d’émoi, Baise-moi, ma mignonne, Cent fois (…)

Et maintenant ton coeur se clôt… de J.W. Goethe

Et maintenant ton coeur se clôt. Il semble
Qu’il ne se soit jamais ouvert et n’ait goûté
Jamais les tendres heures qui ressemblent
Près d’Elle, aux cieux brillants et constellés.
Et l’atmosphère est lourde et le souci,
Le repentir et le chagrin l’ont envahi.
Texte tiré de Elégie de Marienbad

Un mot est mort… de Emily Dickinson

Un mot est mort quand il est dit
Disent certains -
Moi je dis qu’il commence à vivre
De ce jour-là
( in Lettre à Louise et Frances Norcross)

Si elle devait être l’ultime… d’Emily Dickinson

Si elle devait être l’ultime
Combien serait infinie
L’entrevue marquée à notre insu
Au sceau du définitif.

La Surprise …

Emily Dickinson

La Surprise est comme un piment - fort -
Dans un mets fade.
Trop âcre - en soi - mais mélangé
Régal consommable -

Il y a du plaisir de Charles Minetti

Il y a du plaisir
à vaincre les falaises.
Mais nul n’atteint le ciel
qu’en grimpant dans sa tête.
Charles Minetti
Patiences à Cavillore.
Ed. La Barbacane.

Poésie de François Villon

Je congnois que pauvres et riches,
Sages et fous, prêtres et lais,
Nobles, vilains, larges et chiches,
Petits et grands, et beaux et laids,
Dames à rebrassés collets,
De quelconque condition,
Portant atours et bourrelets,
Mort saisit sans exception.
in Poésies, François Villon

L’hostie de mer de Béatrix Balteg pour la ville de Cancale

L’hostie de mer
Malika porta la main à son ventre. La douleur disparut pendant un instant, pour revenir encore plus violente. L’enfant qu’elle abritait avait glissé d’elle, tous ses espoirs étaient réduits à néant.
Le néant, le vide… voilà ce qu’elle ressentait, ce matin, en se promenant sur la plage. Ses yeux ne voyaient plus rien, un poids immense pesait sur sa tête, ses épaules. Tout ce que l’enfance évoquait de doux, de tendre, avait fui dans un ailleurs inaccessible. Elle se trouvait nue jusqu’à l’os (…)

Poème
de l’instant

Yves Buin , Zéno Bianu

Santana de toutes les étoiles

Je viens de tellement si loin
marchant sur les hauts fonds
les nerfs chargés de flambeaux
je viens de plus que là-bas
je joue jusqu’aux lèvres de mes mots
je salue tous mes morts
j’ouvre
l’atelier des nuits scintillantes

Zéno Bianu & Yves Buin, Santana de toutes les étoiles, Le Castor Astral, 2020.