Poèmes

L’art d’aimer d’Ovide

Livre I
Ô déesse de l’amour, ne me quitte pas !
Je me réjouis de vous voir si nombreux…
Avant toute chose, n’oubliez jamais que je vous aime…
Vous me pardonnerez, Mesdames,
Si je m’adresse d’abord aux hommes.
Mais c’est qu’en Amour – vous serez d’accord avec moi –
La plupart d’entre eux n’y entendent rien,
Ou pas grand-chose.

Complainte amoureuse d’Alphonse Allais

Oui dès l’instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes.
De l’amour qu’en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes.
Ah ! Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le dise,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu’enfin je m’opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse,
Pour que vous m’assassinassiez
Alphonse Allais (1854 – 1905)
Ecouter ci-dessous la version enregistrée par un élève du lycée J.Verne de (…)

Où sont les enfants ?

Catherine Leblanc

Où sont les enfants ?
Dans un grenier
Plein d’or et d’araignées
Cachés dans leurs costumes
A déranger la lune
Dans un champ
Des heures entières
A regarder tourner les moulins blancs
Et à passer comme le lézard
De la pierre à l’éclair
Dans un arbre
Jeté dessus de l’orage
Ils lancent des lianes
Pour pêcher des torpilles
Où sont les enfants ?
Dans les rues
A marcher dans les feuilles, à brûler
Des feux rouges
A essayer d’user les murs
Avec leurs mains, leurs cris et leurs tatouages
Dans (…)

L’âne du manège

Michel Monnereau

Je suis le petit âne
du manège pour enfants.
Je tourne comme un âne
dans la poussière et le vent.
Je transporte des rires,
de la joie et des frayeurs
et pendant que je soupire
je donne du bonheur.
Pensez à moi cet hiver
quand le froid garde les enfants.
Je tourne à ne savoir quoi faire,
je tourne comme un tourment.
Je suis la longe de l’ennui,
et qu’elle est longue jusqu’à l’été !
Si le dieu des ânes était mon ami
il la raccourcirait.
Poème extrait de Le soleil oiseleur, Le Farfadet bleu, (…)

Un rossignol sur le balcon

Daniel Leduc

Une cabane
dans un arbre
se souvient de rires
d’enfants.
Elle fut construite
par des mains malhabiles
et par des cœurs
trop grands.
Des oiseaux y nichent -
souvent.
Poème extrait de Un rossignol sur le balcon, Le Farfadet bleu, 1999

Vendredi

Jean François Mathé

Vendredi est un jour sauvage,
comme l’ami de Robinson.
On a fait le tour des leçons,
la semaine est prête au voyage
avec dimanche à l’horizon.
Les petits arbres de la rue
ressuscitent dans leurs oiseaux,
gouttes de plumes, gouttes d’eau
pianotent sur les têtes nues.
L’institutrice en dernière heure
fait leçon de géométrie.
Chacun rêve et nul ne s’ennuie
car les parallèles, bonheur !
Vont au tableau jusqu’à la vitre
pour nous montrer le point de fuite !
Poèmes poids plumes, Le farfadet (…)

Où dorment les baleines de Philippe de Boissy

Dis papa
des histoires à raconter
y en aurait combien ?
C’est à l’infini !
Mais combien
même à peu près ?
On ne peut pas compter !
C’est à l’infini
et l’infini
n’a pas d’à peu près
Autant que des mites ?
Je ne sais pas
Autant que des rats ?
Ma foi !
Autant que quoi
à ton avis ?
Autant que des sardines
que des papillons
Autant qu’il y a de chevaux
et d’hirondelles
autant et même plus !
Et même plus ça ferait combien ?
Et même plus ça ferait des histoires
à n’en plus finir
Ah ! C’est (…)

le compresseur

Michel Ménaché

Le compresseur fait vibrer l’avenue d’un chant de guerrier qui exhorte les pavés à relever le défi d’une ultime barricade

Descendre au jardin

André Rochedy

« Je veux boire,
je veux manger »,
criait l’enfant en colère.
« Donnez-lui d’abord à rêver »,
dit mon père.
André Rochedy
Poème extrait de Descendre au jardin, Cheyne, 1987

Jardin Notre-Dame de Maurice Carême

Il est, derrière Notre-Dame,
Un merveilleux petit jardin.
Allons, arrêtez-vous, Mesdames !
Où courez-vous donc de ce train ?
Asseyez-vous là sur ce banc,
Oubliez un peu votre table.
Manger des yeux est adorable.
De grâce, écoutez votre coeur
Vous parler de bien autre chose
Que de soucis, que de rancoeurs.
Alors, vous repartez déjà !
Que je regrette, Mesdames !
Dommage ! J’entendais votre âme
S’approcher, surprise, à grands pas.
Ecrit à Paris, au Parvis Notre-Dame, le 2 août 1972 (…)

Poème
de l’instant

Edith Azam

Poèmes en peluches

Un jour ma tête fait un poème
un jour ma tête fait un oiseau
un jour je réfléchis comment faire
pour mettre oiseau dans mon poème.
Et depuis cette histoire
je l’ai tout le temps dans la tête.

Édith Azam, Poèmes en peluches, Le port a jauni, 2021.