Poèmes

Une fin d’après-midi à Marrakech

James Sacré

Parler s’en va dans la nuit, entièrement :
Comme un désir est dans le cœur.

James Sacré
Une fin d’après-midi à Marrakech, Éditions Ryôan-ji, 1998.

Je suis de la maison du songe

Francis Coffinet

Si tu hésites entre deux chemins
ne choisis pas celui de la mémoire
mais celui de la feuille creuse
et gagne la racine

Francis Coffinet
Je suis de la maison du songe, Éditions Unicité, 2020.

Je suis la fille du baobab brûlé

Elle a une main dans la main du désir
Nous ramons en haute mer
Les eaux suffoquées cassées
Masses pendues aux os tendres
Où je meurs dialogue des corps
Le voyage est infini sur les routes de lumière
Le vin des amants est un baiser mortel

Au chant de la bien-aimée
Un soupir rend l’éternité
Mêlant l’anatomie des sens
Notre histoire refuse la chronique des héros
Le sexe humide du poème
Nourrit l’espérance du monde
Nous arriverons ensemble
Nous cheminerons ensemble
Nous partirons ensemble
Au contrepoint de la terre

Ce qui n’est à personne est à moi
J’embrasse le crépuscule d’eau
Je suis debout au flanc des nuages
Je respire l’air frais du soir
Tant qu’il y aura une étoile
Je brillerai avec ma chanson
Et je chanterai à voix de tête

Rodney Saint-Éloi
Je suis la fille du baobab brûlé, « Elle a une main dans la main du désir », Mémoire d’encrier, 2015.

Respire

j’avais peint avec elle les murs de sa
chambre
couleur vie

couleur vie c’était bien

Victor Malzac
Respire, Éditions de la Crypte, 2020.

Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé

Je suis d’un naturel à qui la résistance
R’enforce le désir, l’espoir et la constance.

Théophile de Viau
1590 - 1626
Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé, 1623.

Simples merveilles

Eric Sarner

Il y a cet instant, juste avant l’heure, où
j’écris ici,
pour rien,
un petit matin.
Fraîcheur d’une plaine stoïque, le dedans d’un désir,
Là, oui, j’écris,
pour rien,
pour le moindre verbe,
comme Marcher,
Courir,
Lutter,
Pousser,
Tenir…
Qui nous garderait vivants.

Éric Sarner
Simples merveilles, Tarabuste éditions, 2020.

Santana de toutes les étoiles

Zéno Bianu Yves Buin

Je viens de tellement si loin
marchant sur les hauts fonds
les nerfs chargés de flambeaux
je viens de plus que là-bas
je joue jusqu’aux lèvres de mes mots
je salue tous mes morts
j’ouvre
l’atelier des nuits scintillantes

Zéno Bianu & Yves Buin
Santana de toutes les étoiles, Le Castor Astral, 2020.

Croquis de mémoire

Mon adolescence,
je la visite encore.
Elle est cet âge docile et révolté,
aux doubles, aux triples,
aux infinis désirs.

Jean Cau
1925 - 1993
Croquis de mémoire, Éditions Julliard, 1985.

Cantique du balbutiement

Louis-Philippe Dalembert

j’erre dans paris vide
de nos rires de notre frénésie
absent de notre absence
le soleil de printemps
rayonne inutile
déchu de nos flâneries
des baisers des amants
et de leurs mains complices
le long du canal saint-martin

Louis-Philippe Dalembert
Cantique du balbutiement, Éditions Bruno Doucey, 2020.

Les Poètes

Louis Aragon

Je peux me consumer de tout l’enfer du monde
Jamais je ne perdrai cet émerveillement
Du langage
Jamais je ne me réveillerai d’entre les mots.

Louis Aragon
1897-1982
Les Poètes, « Le Discours à la première personne », Éditions Gallimard, 1976.

Poème
de l’instant

Le Chant du métèque

Vous ne saurez jamais ma soif mon angoisse
des visages douloureux, des nébuleuses obscures,
des sourires lumineux, des carrefours tordus,
du temps qui naît, du temps qui meurt,
des fenêtres closes, des tombes étales
sous le baiser humide du ciel.

Jean Malaquais, « Le Chant du métèque », Revue Caravanes 7, Éditions Phébus, 2001.