Poèmes

KIA

Kouam Tawa

KIA
pour Aminata Traoré
Disent Kia les Samo pour sonner l’hallali, disait Kia Ki-Zerbo pour convier à la lutte.
Kia les bêtes sont là ! Kia les eaux débordent !
Kia kia kia ! Kia kia kia !
Mot d’appel, mot d’entrain –
Kia kia kia ! Sus aux nuits !
Sifflent les ophidiens suceurs de nos ardeurs, feulent les félidés ruineurs de nos ressources.
Glapissent les rapaces causeurs de nos soucis, grognent les pachydermes broyeurs de nos espoirs.
Beuglent les bovidés harasseurs de (…)

Ma parole qui dit

Tanella Boni

Ma parole qui dit
N’est pas une amie qui chante
Des merveilles
A tes oreilles oublieuses
Des dures lois de la flèche du temps
Qui brise les cœurs de pierre
Exposés au froid de la nuit
Ma parole prend corps
Lovée sur une barque
Au coin de la lune
Qui résiste à toute tempête
La lune qui brille pour tous
N’oublie pas que je suis une carpe
Qui nage loin de la houle
Des terrains minés
Tanella Boni
(inédits (…)

Sur le sable

Harmonie Dodé Byll Catarya

Sur le sable…
Sur le sable, les feuilles de cocotiers
Sont tombées ; je les observe, couchée
Sur une natte façonnée à ma manière
Mes pores vibrent de cet air
Doux et frais ; le temps est magnifique
L’inspiration se frôle à ce bruit
Paradoxe effectif dans un univers mirifique
C’est le soleil qui, délicieusement luit
Sur ces flots bleuâtres teintés de blanc
Les yeux se régalent sous les élans
De la beauté du paysage.
Les ondes marines me parviennent
Elles me portent un message
Elles me (…)

Comment dire Afrique ?

Chantal Dupuy-Dunier

Comment dire Afrique ?
Je n’écrirai ni le mot noir,
ni le mot soleil,
ni le mot désert.
Comment dire Afrique, le large delta de tes doigts qui irrigue ma main,
les signes originels tracés à l’heure où s’épanouit une lune en berceau,
le fleuve de ton sang qui coule de tes viscères jusqu’à ma bouche ?
Tes légendes volent de grain de sable en grain de sable
et les Dieux partagent ta vie quotidienne.
En toi, je cherche ma mémoire du mystère.
Tes morts sont (…)

la mer implacable métaphore

Amina Saïd

proche lointaine indifférente
à portée d’hommes la terre
l’horizon la nuit brouillent les distances
hommes femmes enfants
embarqués pour le néant
avec les yeux de qui est promis à la mort
leurs noms se brisent lettre à lettre
les premiers meurent les enfants
visage tourné vers la première étoile
corps repoussés vers le silence de la rive
par la houle amnésique du monde
corps rejetés par l’absurdité du matin
corps n’ayant nulle part sur cette terre
qu’une tombe sans nom
Amina Saïd (…)

ÉLÉGIE D’AUTOMNE

Nimrod

Le soleil revient, chaud, presque cru. Nous tenons
Les gages de notre survie, reflets blonds des dieux
Squares d’énigmes sur des parterres dorés
Sur les routes, les maisons, les lacs, les cheveux
Des très-belles… Tout nous distrait ici du chagrin
De l’ami trop tôt disparu. Clarté du ciel
Qui accuse ma solitude, attise mon angoisse.
Quel rendez-vous avec des beautés qui songent ?
Je bois l’eau claire de la fontaine, surpris
Par mon geste. La certitude que j’étreins
Est celle de mourir (…)

Coulées d’ombre

Sabine Peglion

Coulées d’ombres où le vent installe des hommes de pierres
drapés de silence Leur regard se dérobe au voile du désert
Il se perd s’enfonce dans la poussière
traverse l’espace - Vers quel horizon -
Rejoindre les traces d’hiératiques dromadaires
ces caravanes de sel d’épices d’ambre
Esclaves ou mercenaires revenant en mirages
A la terre confondus éternels guetteurs d’une aube d’un voyage
Ils attendent Pour eux la solitude habite le temps (…)

J’aurais aimé être une reine

Kouam Tawa

J’aurais aimé être une reine. Avoir une grande cour. Des hommes et des femmes autour de moi. Les uns pour me servir, les autres à ma charge.
J’aurais aimé être une reine. Avoir une voix qui compte. Dire « je veux » et avoir. Dire « je peux » et pouvoir. Dire « c’est ça » et c’est ça.
J’aurais aimé être une reine. Être de mon temps. Adhérer au monde. Tenir tête à la nuit. Faire corps avec l’espoir.
J’aurais aimé être une reine. Triompher de moi-même. Être la chance des autres.
J’aurais aimé être une reine. (…)

Poltron de Norge

C’est pas tant la peur du tonnerre
Avec son grand zigzag,
C’est pas tant la peur des années
Avec leur grand zodiaque,
C’est pas tant la peur de l’enfer
Avec son grand tic-tac,
C’est pas tant la peur de l’hiver
Avec son grand colback,
C’est pas tant la peur tracassière
Avec son grand bivouac
C’est pas tant la peur de la guerre
Avec son grand micmac,
C’est pas tant la peur de l’amour
Avec ses grands cornacs,
C’est pas tant la peur du suaire
avec son grand cloaque :
C’est surtout la peur (…)

Poème
de l’instant

L’ivre de mots

Se risquer à vivre.
c’est bien le minimum.

Stéphane De Groodt, L’ivre de mots, Éditions de l’Observatoire, 2019