Poèmes

Brefs Déluges

C’est drôle ce qu’on arrive à faire
Avec un cintre
On peut le déplier, le tordre
En un petit cygne qui vogue sur l’eau

Sébastien Fevry
Brefs Déluges, Cheyne éditeur, 2020.

L’énergie vagabonde

Quand un cheval de Troie entre dans une ville, porteur d’un virus qui affole les esprits et paralyse les corps, on a intérêt à emprunter les seules portes encore ouvertes : celles de la poésie.

Sylvain Tesson
L’énergie vagabonde, Robert Laffont, 2020.

Épitaphes

Philippe Desportes

Ayant d’un beau désir le courage embrasé

Philippe Desportes
1546 - 1606
Épitaphes, « Sur la mort de Loys du Gast, maistre de Camp de la Garde du Roy », 1600.

Moi moi moi et les petits oiseaux

Aujourd’hui j’ai tant marché
qu’en rentrant épuisé
je n’ai pas eu besoin de choisir
entre mon reflet sur la vitre de la fenêtre
et le paysage simple de la nuit

Alexandre Gouttard
Moi moi moi et les petits oiseaux, Éditions de la Crypte, 2020.

À la verticale

Quand même le ciel serait lacéré
par nos ombres meurtrières,

recousons-le avec les fils ténus,
et même usés, de nos poèmes

à la verticale de l’hiver comme de l’été
traversés de vents contraires,

gonflés d’une irréductible confiance
en l’impossible advenue.

Réginald Gaillard
Hospitalité des gouffres, « À la verticale », Éditions Ad Solem, 2020.

Seulement

Alejandra Pizarnik

je comprends déjà la vérité

elle éclate dans mes désirs

et dans mes détresses
mes déceptions
mes déséquilibres
mes délires

je comprends déjà la vérité

à présent
chercher la vie

Alejandra Pizarnik
1936-1972
Œuvre poétique , « Seulement », traduit de l’espagnol par Silvia Baron Supervielle et Claude Couffon
Actes Sud, 2005.

L’obstination du perce-neige

Françoise Ascal

Désir violent de me désencombrer, dans le réel comme dans le symbolique.
Insomnie.

Françoise Ascal
L’obstination du perce-neige , Al Manar éditions, 2020.

Corps rassemblé

Esther Tellermann

Un désir
à nouveau
enfle
éprouve le motif
éclats de solitude
mesurent
le marbre de
chaque corps
afin que se
rompe la lisière
du pourpre
absorbant les
paysages.

Esther Tellermann
Corps rassemblé , Éditions Unes, 2020.

Épître V

Pour moi, sur cette mer qu’ici-bas nous courons,
Je songe à me pourvoir d’esquif et d’avirons,
À régler mes désirs, à prévenir l’orage,
Et sauver, s’il se peut, ma raison du naufrage.

Nicolas Boileau
1636 - 1711
Épître, « Épitre V », 1676.

« Nous allons au Marché chercher un peu de souffle. »

« Nous allons au Marché chercher un peu de souffle. »

Carl Norac

Commande du Printemps des Poètes à Carl Norac en soutien au 38e Marché de la Poésie de Paris annulé.

Poème
de l’instant

Respire

j’avais peint avec elle les murs de sa
chambre
couleur vie

couleur vie c’était bien

Victor Malzac, Respire, Éditions de la Crypte, 2020.