Poèmes

Je ne sais plus de Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)

Je ne sais plus, je ne veux plus
Je ne sais plus d’où naissait ma colère ;
Il a parlé… ses torts sont disparus ;
Ses yeux priaient, sa bouche voulait plaire :
Où fuyais-tu, ma timide colère ?
Je ne sais plus.
Je ne veux plus regarder ce que j’aime ;
Dès qu’il sourit, tous mes pleurs sont perdus ;
En vain, par force ou par douceur suprême,
L’amour et lui veulent encor que j’aime ;
Je ne veux plus.
Je ne sais plus le fuir en son absence,
Tous mes serments alors sont superflus.
Sans me (…)

Enivrez-vous de Charles Baudelaire

Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à (…)

Extrait de Pantagruel de François Rabelais (1494-1553)

François Rabelais (1494-1553)
« […] des nouvelles des diables et des damnéz »
Car je veis Alexandre le Grand qui rapetassoit de vielles chausses et ainsi gagnoit sa pauvre vie.
Xercès crioit la moustarde,
Romule estoit saulnier,
Numa, clouatier,
Tarquin, tacquin,
Piso, païsant,
Sylla, riveran
Gallien restauré, preneur de taulpes,
Les quatre filz Aymon, arracheurs de dentz,
Le pape Calixte estoit barbier de maujoinct,
Le pape Urbain, croquelardon,
Mélusine estoit souillarde de cuisyne, (…)

C’est pour la bonne cause - slogans

Claude Vercey

Le poème
prend la vie
au mot
et le livre

C’est pour la bonne cause - slogans

Claude Vercey

De sa dure pointe de diamant
la poésie écrit
sur la vitre de la vie

Ecouter

Alain Boudet

Écouter les ombres !
Écouter les herbes !
Écouter les arbres !
Écouter les hommes !
Pour que ce qui croît !
et que ce qui crie !
s’écrive

Le Graal des taoïstes

André Velter

Non
Quand un poète respecte sa liberté et son ivresse,
Il vagabonde ici ou là comme un clochard céleste.
Si un important l’importune, patron ou président,
Il secoue ses haillons d’ivrogne transcendantal
Et sait le congédier.
in Treize poèmes improvisés à la gloire du vin en compagnie
de Wang Xizhi, Tao Yuanming, Wang Han, Wang Wei,
Li Bai, Du Fu, Li Yu, Liu Yong, Su Shi et Wang (…)

Et l’étranger répond à ta soif de Khal Torabully

Un homme endormi éclaire la terrasse blanche de ton logis.
Un autre amour l’aurait accompagné avant minuit.
Un autre jour l’aurait égaré sans sa bonne étoile.
Il semblerait que le silence s’est accroupi sur ta bouche.
Puis le chant de l’aube te réconcilie avec son itinéraire.
Son corps, à la mort, semble perpendiculaire.
Tes cheveux semblent surnaturels lorsqu’il pose sa main
Sur ton front, ils te rappellent que nul ne rêve du matin.
Tes paupières bougent comme deux grenouilles enfouies
Dans la (…)

Des traces de riens

Hamid Tibouchi

ces traces dans le sable
qui les a remarquées
à peine esquissées et déjà effacées
par le souffle du désert
ces paroles prononcées
qui les a entendues
à peine murmurées et déjà confondues
aux rumeurs du monde
Hamid TBOUCHI

Poème
de l’instant

Emily Dickinson

If your Nerve, deny you –
Go above your Nerve –

Si ton Courage te fait défaut
Va au-delà de ton courage.

Emily Dickinson