Poèmes

Chant des villes

Colette Nys-Mazure

Chant des villes
Tournai, toi,
tu vis au fort de moi, tu flues entre mes berges, tu fomentes tes itinéraires – bastions et venelles, passages voûtés, foison d’églises creuses -. Toi, tu me hâles au long de tes chemins bordés de peupliers pour me rameuter vers tes places, me river à tes pierres, tes façades classées. Toi, tu te noues pour secrètement t’offrir en jardins d’eaux lentes, ferrés de statues vert-de-grisées. Tu recèles châsses et joyaux d’art très ancien. Tu te cathédrales et t’enfleuves. (…)

Poème sur la ville d’Igny

Marc Desombre

IGNY
J’étais descendu chez vous
Vos petites maisons aux volets clos
Gravissaient la colline
Vous dormiez je crois
Un groupe d’enfants s’était échappé
Près du ruisseau il apprivoisait
Les algues devenues serpents face au courant
Chacun était désir
Chacun avenir
Moi je tissais votre mémoire
Un long fil comme une fumée perdue au ciel
Un rêve plus haut que les antennes
Je pensais
Qu’est-ce qu’un livre qui ne joue pas contre la mort
Qui ne soit pas le témoignage ultime
Vous dormiez
Les enfants (…)

sur la ville de Thoiry par Joël Bastard

Une montagne là-bas au bout de la rue. Entre un balcon de frissons bleus et le vol orangé de luminaires au ventre gras sur les toits enfumés du village - J’allais écrire du visage ! La montagne attend. L’épaule contre le mur. Les yeux derrière la crête. Comme une vague dressée l’instant d’un regard. Poussée par d’autres horizons. Elle attend de disparaître contre une porte close. Des volets que l’on ramène le soir sur la lumière intime. Elle attend de disparaître dos à dos d’avec ses habitants affairés. (…)

Villepreux

Cécile Oumhani

Fenêtres peuplées de rêves
Aux façades des maisons claires
Le matin est à mi-course
Et nos histoires se tairont jusqu’au soir
Suspendues dans un miroir
Où s’ouvrent les pages d’un cahier
Épris d’encre et d’envol
Car nos vies sont ailleurs
Et le jour est en crue de lumière
Nous le brodons de perles et d’espoir
Et pensons déjà l’été
À l’étoile des possibles
Dans ces rues aux voitures d’enfant
Dont le ciel de lit est un nuage
Fervent de tourterelles
Cécile (…)

Et puis voici

Francis Ricard

certains soirs du fond de l’horizon les images remontent comme flux de marée coefficient 118 c’est l’Afrique coloriée c’est la Grèce aux voiles déchirées c’est Stambul au pont tremblant d’Hikmet c’est Moscou et la neige en été c’est le Nil égaré c’est Venise embourbée c’est Prague révoltée c’est Bucarest déboussolée c’est Vienne trop débarbouillée et puis voici les chevaux le grondement sourd le martèlement du galop des chevaux leur regard implorant leur généreuse sueur leur souffrance silencieuse et puis voici les (…)

J’ai rebaptisé les rues de ma ville

Francis Ricard

que me font tous ces noms que je ne connais pas ces rois, ces maréchaux, ces généraux d’antan quand j’arpente ma ville, mon amour, où que j’aille c’est à toi que je rêve sur ce champ de bataille
que me font tous ces noms que je ne connais pas ces savants oubliés, ces sportifs, ces tyrans ces régions, ces héros, ces dates historiques je ne connais que toi partout où je me risque
que me font tous ces noms que je ne connais pas sculpteurs, danseurs, artistes peintres et musiciens écrivains négligés, (…)

Andrésy

Benoit Conort

Ce fut port au temps des romains
et Seine en deux bras divisée
encore embrasse l’île allongée.
Le dimanche on se promène,
on regarde l’Oise en sa fin
s’unir au fleuve parisien.
L’automne lance ses brouillards
à l’assaut de l’Hautil. On y devine
fantômes illustres ou Fantomas - son ombre
glisse parmi les toits accrochés
à la colline des anciennes demeures.
Voici l’heure où la gare s’endort
et le fleuve modère ses remous
aux hélices des dernières péniches.
Rives paisibles, pentes assagies - (…)

Gradignan

Pierre Dargelos

Gradignan, paisible Aquitaine,
pour rencontrer la poésie
prend le chemin de la forêt.
Elle progresse d’arbre en arbre
avec des grâces d’écureuil
vers la dune fine et la vague.
Elle nous propose, à mi voix,
de choisir des routes paisibles
pour goûter le temps du soleil.
Elle chantonne, voix du vent,
des airs de résine et d’écorce,
d’humide verdure et d’humus.
Elle conserve les secrets
d’innombrables bonheurs intimes
et de sentiers indispensables.
Elle protège un coquillage
pour mettre (…)

"Haut Monthoux" pour la ville de Vétraz-Monthoux

Jean-Vincent Verdonnet

"Haut Monthoux"
Face à la plaine lémanique,
figure de proue
la colline
et les ruines de son château
dont les redoutables Bernois
massacrèrent les défenseurs
pourchassés jusque dans les caves.
Depuis les siècles ont passé
mais frissonne encore l’étang
qui fut témoin de ce combat.
Et pendant certains soirs d’hiver
dans le souffle du vent reviennent
clameurs et cris des suppliciés.
La paix s’habille d’apparence,
d’autres plaintes crépusculaires
habitent l’espace et le (…)

Filatures tourquenoises pour la ville de Tourcoing

Jacques Darras

FILATURES TOURQUENOISES
poème de courtoisie
C’est quoi le « coing » de Tourcoing ? Je pose la question à Jeanne Bossuyte Qui me reprend aussitôt : pas Bossuyte mais Bosseuyt Du flamand « bos » qui veut dire « bois », « uit », dehors Mes ancêtres, dit Jeanne, ont dû habiter à la sortie d’un bois Je la regarde, je vois tout de suite du bois en elle Tout de suite Tout de seuyte Tout à coup je me la flamandise pour moi Je vois du bois d’au-delà de la frontière en elle Bossuyt de Glageon, précise-t-elle, dans (…)

Poème
de l’instant

« Fabulation »

« Cela » : qui « ne dit ni ne cache », mais dispense des signes, des signaux, des appels. Et nous met en mouvement d’écriture.

Sylvie Germain, « Fabulation », Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.