Poèmes

"Filer le présent" pour la ville de Tourcoing

Ludovic Degroote

Filer le présent
les murs deviennent vieux
et la hauteur des villes
passe à travers
ceux qui passent
comme sans centre
et sans murs ils passent à travers
cette brutalité du monde
qui s’enferme mal
mémoire en friche
qui les pousse à disparaître
dans le havre du temps
sans tour et sans coin
ta ville tu la tiens dans ta main
et sa mémoire c’est la tienne
qui s’en va
filer le présent
Ludovic (…)

"Vivre passait par Fontenay-le-Comte"

James Sacré

Vivre passait par Fontenay-le-Comte
C’est parti du château de Coulonges, école
Dans les grandes salles renaissance, entre bocage et marais
Pas loin tu vois l’abbaye de Maillezais
Grande machine trouée de son architecture, Monsieur d’Estissac encore,
Puis Fontenay, la rue Rabelais, le collège Viète,
Belle fontaine du quartier des Loges qu’à peine on la regardait,
Fin de semaine la promenade c’était
Vers les prés de La Folie parfois retour
Par les bords de la Vendée, Rabelais qui accompagne (…)

"Salut !" d’Abdourahman A. Wabéri pour la ville d’Hérouville Saint-Clair

SALUT !
La vie n’est rien
Absolument rien
Ca commence par un cri
Et ça finit par
Une petite motte
De terre
Dans un cimetière
Anonyme
On ne pose plus la question du temps qu’il fait
On existe et c’est amplement suffisant
On n’a rien inventé – ou si peu
Tout se vit au plus près de la vie
Le verbe en prime
Abdourahman A. WABERI

Doué-la-Fontaine

Albane Gellé

des hommes debout et leurs villages dessous la terre des pierres joyeuses en cathédrales des pierres encore interminables devant les yeux depuis jadis cent mille roses princesses d\’été un peu sauvages ici pour vivre le vent respire un enfant marche - marche et s\’arrête pour le silence des girafes un loup crinière des oiseaux bleus - marche et s\’arrête pendant des heures le cœur s\’agite entre du ciel et des rochers ville fontaine
Albane (…)

Valognes, souvenir

Christian Prigent

VALOGNES, SOUVENIR
Que sais-tu de Valognes ? — Rien.
Sauf que ce rien t\’étreint
Le cœur : ruines, gravats
Car l\’Histoire ici renragea.
C\’est en quarante-quatre, été,
Après les raids, bombes, fusées.
Partout : des vies écrabouillées
Sous les fureurs. Mais : incrusté
Ici de deux petits cyclistes.
C\’est ton père et ta mère en fond d\’apocalypse.
Lui, à Valognes, prof ; et elle à Octeville.
Mais parmi ces horreurs : bonheur ! Jubile :
Ils fuient, jeunes, dans les fracas,
Vers leur (…)

poème écrit pour la ville d’Amboise

Alain Naud

Ici
tu marches sur tes traces
celles des langues de sable
que dépose et reprend la Loire
celles des pierres du château
dont le fleuve se fait écrin
Ici
tu renais à ta mémoire
sur les ailes des mouettes
que l’Homme a su apprivoiser
sur celles de la forêt
emboisée d’histoire
Ici
entre fleuve et château
tu te surprends
royal
Alain Naud

de Bernard Molinié pour la Communauté de communes du Pays Baraquevillois

Ville ? ville enfouie, moussue, mousse bleue
plus d’attelages impatients de chevaux près des baraques mais
sur les places comme aujourd’hui des sculptures de neige
L’eau n’en finissait pas de descendre, mariée aux pluies d’avant printemps. Des accordéons s’étaient levés sur les vallées, chansons à la Cabane, à Pruns, à Versailles, au moulin de Nauze dans les étables aussi. « Chante, Orphée, aucune bête ne fait cela » me disait tout bas l’amie
Ecoute encore sur les mille chemins ce que neige dit (…)

Saint-Brieuc

Heather Dohollau

Saint-Brieuc
Cette ville je l’ai vue la première fois
avec des chemins de fleurs et une rue
bordée de draps suspendus frais de pétales
avec au loin à peine visible la tache bleue
de la mer.
Cette mer qui est une présence cachée
que l’on retrouve comme une promesse fidèle
pour qui le désir a creusé des vallées profondes
traversées par l’épreuve des ponts ailés
dont notre vie dédoublée garde mémoire.
Pouvoir marcher dans une rue envahie
par un or soudain où les passants (…)

de Jean Pierre Mauduy pour la ville de Saint-Maximin

Un voyage de couleurs
C’est jour de grand marché à St Maximin.
Je marche dans la foule.
Les cigales crécelles se sont tues.
La fontaine n’est plus fontaine
Et le vieux général ne sait plus sa rue.
De soleil qu’à grand peine les platanes retiennent
De clameur, en senteurs la ville grouille de Provence.
C’est un voyage de couleurs.
A l’assaut d’un vaisseau de pierre couleur de miel
Je marche dans le temps
Deux notes de silence plus loin, je la vois.
Pieds nus de femme sur le pont,
Vêtue (…)

Challans

Philippe Longchamp

Vendredi. Dès le matin, grand soleil ! Un peu de givre et des flaques gelées. Soleil sur tout à travers les verrières des halles, sur les légumes, les fruits,
les pains, la volaille, la cochonnaille. Et les poissons. Sur le flanc ouest, ils sont neuf poissonniers alignés ; les nombreux clients serrant leur gros manteau patientent.
Congre, élingue, cabillaud, sole blanche, lieu jaune entier, panga, merlan, merlu (dit colin ) à la coupe, merluchon, tranche de thon, dorade rosé ou grise, (…)

Poème
de l’instant

Jean-Marc Sourdillon

L’unique réponse

Il y a les arbres,
il y a les branches,
mais en dessous,
sous l’écorce et l’adolescence,
il y a le geste qui sait,
le geste qui nous lance

Jean-Marc Sourdillon, L’unique réponse, "Parents", Éditions Gallimard, 2020..