Poèmes

Challans

Philippe Longchamp

Le vieux Clocher Neuf planté seul loin de l’église
est comme neuf. On a bouché, brossé, blanchi.
La pierre de taille est d’un ivoire un peu gris.
Le crépi est crème. On a installé des frises
de picots anti-pigeons, mais les audacieux
ont trouvé le moyen de se poser derrière.
En face est peinte au-dessus de la laverie
une mer agitée, rouleau tombant des cieux
sur un grand pan de contreplaqué découpé.
Cinq robes de mariée pendent dans la vitrine,
trois autres devant les portants. On se (…)

Blasons pour Puteaux (inédit pour "Ma ville pour un poème")

Claude Ber

Blasons pour Puteaux
À gauche les halles du marché et le Moulin de Chante Coq
Au lointain à droite l’Arche et les Tours de la Défense
En double emblème derrière le fronton de la mairie
Les deux lobes de la ville en deux coques de cœur
Sous le plan de la ville dans son panneau de verre
La carte imaginaire que chaque vie dessine à la semblance de son histoire
Sous Puteaux, la ville des petits puits
L’eau et la soif de ceux qui l’habitent
A la baguette bifide des anciens sourciers de Puteaux (…)

Ville

Claude Albarède

Ville
Dans la ville-toujours-
il manque de l’espace
où l’on vivrait chacun
sans risque de la foule
Il manque aussi du temps
où la foule vivrait
librement consentie
De l’espace et du temps
pour que le verbe vivre
soit sans conditionnel.
Claude Albarède

Meung-sur-Loire

Carl Norac

Meung-sur-Loire
à Meung s’en vont les poètes
et dans les Mauves renaissent
les mots qui se sont perdus
le fil de l’eau écrit seul
sa chanson sans habitude
au gré des ponts parle aux ombres
des promeneurs du dimanche
de ceux qui ont sous la manche
de quoi romancer les fleurs
si près la Loire s’ébroue
même quand le soleil flambe
la pierre blanche des rues
ici où sont les poètes
les mots ne se perdront plus
Carl (…)

Blues à Charlestown - Charleville-Mezières

Guy Goffette

(dizain retrouvé)
Revenir à Charleville après cinq
ans de villégiature c’est dire
si Rimbe avait raison On ne part pas
Le Harar au fond n’est rien autre ici
qu’une déclinaison du désert et
du loin avec du vert et des saisons
et des vitrines de poéteries
et puis un fleuve pour bâteaux de peu
d’ivresse mais sur place au soleil
un rêve suffit à l’éternité
Guy (…)

Poème d’Alain Leprest pour la ville de Cahors

Poème d’Alain Leprest, musique de Romain Didier Pour la ville de Cahors
Trimbaler sur son épaule De Cahors à la Baule Un Steinway à bretelles Entr’ouvrir à deux battants dix-huit kilos de vent son âme et ses lamelles
courir entre swing et slow dans le dos d’un cabot qui se prend pour « Trenet » et r’plier au fond d’un sac des étincelles de nacre et des braises de musette
Musichien Musichienne de vie Fais la magie entre tes deux mains
magie musi-musichien
trimbaler dans son poumon le monde en (…)

Ballade des Audoniens tendant la main pour un sou(rire) d’Oise(eau)

Serge Ritman

à Saint-Ouen-L’aumône emprès Pontoise
Villon François qui rien n’y a de l’A15
aux Épluches lègue aux enfants de Pasteur
et Prairie aux cinéphiles d’Utopie aux gens
du voyage aux adolescents migrants de Marcel
Pagnol aux employées du Vert-Galant aux
descendants du parc le Nôtre aux habitants
des tours du clos du roi elles zieutent haut
les nonnes de Maubuisson enchâssées
dans l’art contemporain d’une grange
ou musée départemental de l’éducation
aux dîmes qui résonnent les trains en gare
de (…)

A l\’absente

Maurice Couquiaud

A L’ABSENTE
à ma femme
Tu es plus absente que le sang
sur cette plaie que je m’invente.
Il n’est pas de douleur dans ce que je ressens,
mais vingt frontières purulentes qui me séparent de toi.
Ce soir, privés des pentes qui nous rapprochent,
nos draps resteront lisses une autre fois.
Tu es la mise à feu de mon silence
où s’accroche ton regard bleu.
La nostalgie regagne ce qu’elle me doit
au jeu cruel de la distance.
J’y perds les intérêts de la nuit
avec les économies de ta présence. (…)

Quand Simone et Jeannot, sur la péniche-tango de Jean Gennaro

Poème de Jean Gennaro
Si vous allez le dimanche à Conflans danser le tango sur l’Uranus, la péniche à Luna vous les verrez enlacés cœur à cœur évoluant avec grâce et lenteur…
Quand Simone et Jeannot dansent le tango y a plus rien qui existe y a qu’eux deux sur la piste ils se tiennent par les yeux sans un mot, d’un air triste ils se font du tango.
…et la semaine s’oublie dans les bras de samedi et les peines s’enfuient sur la pointe des larmes ils se retrouvent au dancing pour tourner toute la nuit et (…)

Mehdi met du rouge à lèvres

David Dumortier

Mehdi va à l’école avec du rouge à
lèvres. Dès qu’il arrive, il file tous
azimuts. On le poursuit, il saute la
barrière des maternelles. Il revient, un
point d’interrogation court derrière lui.
Comme ça, il est impossible de lui poser
des questions compliquées.
Poème extrait de Medhi met du rouge à lèvres, Cheyne, 2010

Poème
de l’instant

Philippe Desportes

Épitaphes

Ayant d’un beau désir le courage embrasé

Philippe Desportes, Épitaphes, « Sur la mort de Loys du Gast, maistre de Camp de la Garde du Roy », 1600.