Poèmes

Onze épigrammes pour un printemps

Hubert Lucot

Les animaux se cachent pour sourire.
Aux présumés innocents
Les mains présumées pleines.
Tuez l’homme bon et mangez-le. Sa bonté
pénétrera en vous.
Nous avons deux yeux pour voir, deux jambes
pour marcher et une tête pour déconner.
La littérature culinaire est plus copieuse que la littérature scatologique.
Pour bien remplir une grille de loto, il faut être soi-même bourré.
Quand les écrivains font la grève du zèle (choix du mot juste, bannissement des clichés), les éditeurs font faillite.
Dans un (…)

Epigramme de Jacques Gaucheron

Epigramme
Hommage à Malherbe
Il ne fut pas poète en herbe
Il savait manier l’épigramme
Sans être infâme avec les femmes
Gloire donc à ce rimailleur
Bien qu’il fut beaucoup pinailleur
Cherchant toujours petits bêtes
Dans les lingeries du bonheur
Comme dans l’œuvre des poètes.

Talc chaud

Alain Lance

Le minus grivèle
L’actionnaire nivelle
Tout en cancrelat
Pub universelle
Vent pour la cervelle
Sous les falbalas
Dans leur tenue de gala
Les jeunes gredins se révèlent
Au bout de la bamboula
Le clone de Mister Dobel
You vend du coca-cola
Haut perché sur sa poubelle

Fatrasie

Jacques Rebotier

Fatrasie
6 de 5, 5 de 7
AABAAB, BABAB
J’étais en peignoir
Fonction lustratoire
Je tourne la tête
C’était sans l’vouloir
Je croise un miroir :
Voilà, c’est ma fête
Alors c’est ça, un poète !
Vous préférez pas savoir ?
Arrêtez les bêtes enquêtes !
Sortez pas de la baignoire !
Vivez-vous à la sauvette !

Fatrasies

Michel Besnier

Un bidon bidon
plus tout à fait rond
percé bien percé
presque plus de fond
rougeâtre et marron
jusqu’à l’os rouillé
marque d’essence effacée
bien cabossé le giron
trop vieux pour être jeté
ou recueillir les tritons
c’est bien assez pour pleurer
Joli vin pointu
je lis « mes fûts tuent »
fumer tue aussi
et le lard qui sue
le fromage obtus
le jambon qui scie
pourquoi s’inquiéter ainsi
de la mort et de l’abus ?
que la vie soit fatrasie
joie de bouche joie de cul
joie de cœur et (…)

Haikus

Michel Cosem

Entre les ailes il y a l’oiseau
Entre les roseaux il y a l’hiver
Entre tes bras il y a mon cœur
Sur la branche
Comme l’énigme
Ma main recherche la vérité
Le vent et le nuage
Pour toujours
Se partagent le monde
Le chant
L’envol
Le printemps de l’oiseau
A la pointe des fleurs
L’odeur
Comme un chant
L’envol de l’alouette
Vertical
Sur la colline en pente
Un peu d’encre bleue
Encore
Pour colorer le temps
Dans le nid de terre
A l’angle de la pierre humaine
Deux hirondelles sont nées
Le (…)

Hymne à la tendresse

Joseph Rouffanche

Je ne t’ai pas trouvée où jouent les enfants d’un haut
moyen âge,
Dans des ruelles de vitraux et de perles,
Dans des courtils de coquillages ;
Mais dans l’oubli des poignants cortèges nuptiaux,
Après les murs d’embûche et de tombe
Et les plaies corporelles
Et les souterrains dédales,
Je m’alliai à toi, tendresse blonde au cœur d’iris.
O svelte, o blonde, o émouvante,
Nostalgie rencontrée aux flots des résurgences,
Source délassant ma colline
Dans un tableau de Léonard.
Tu remontais les (…)

Le mur

Christian Viguié

Au devant d’eux
il s’envola des oiseaux
pour les vagues du ciel
Il n’y avait pas la mer
mais le reflet du soleil
sur les coquillages rouges
d’un mur.
*
Quelquefois contre le mur
une main d’enfant dépassait
comme une étoile
et ce n’était pas par hasard
que le jour s’éclairait.
*
Il y avait de la lumière
dans le bec du merle
Il y avait du vent
simplement pour l’hommage.

Madrigal - Sonnet

Christian Prigent

Ainsi pour ton anni ma belle
versaire sévèrement je ne
t’achèterai ni le ci ni le
ça ni la quincaillerie telle
que collier moderne zingué
synchro bichromaté ni une
queue de cochon à visser
ni l’anneau qu’aucune
ne sait de levage femelle
ni moi car pour ton uni
vers ma toute chère il n’y
a cataloguées que bagatelles
de choses mortes et non
la vie profonde la vie sans nom

Poème en forme de muzain

James Sacré

Passeurs de mots, passeurs de mémoire et poèmes,
On entend leur nom bruire avec tout le passé
Demain jusqu’à peut-être toujours, des poèmes
Galop de forme en forme tout le temps traversé :
Guillaume entre zajal et bruit de reverdie
Poésie d’oc en oïl entre arabe et latin
Cheval de mots jusqu’à Chaissac même énergie
Quelques siècles plus tard, et ma langue en charpie
Cherche à le contenir en ce piètre (…)

Poème
de l’instant

Serge Sautreau

Rivière je vous prie

Loin, un instant, des rives, souvenons-nous, riverains des cours de porcelaine, souvenons-nous des loges de verre, entre flammes et idoles, où se pâmaient le mythe, la révolte, les tyrannies de la fin…

Loin, à l’instant, loin du poumon fertile, c’est l’origine qui appelle avec de longs herbiers ondulant sous la nacre, laissant apercevoir des sables habités, des galaxie solubles, des à-pics de massifs coulés s’engloutissant dans le vert sombre.

Pour invoquer. Pour éveiller le dieu. Pour ne jurer de rien. Pour accueillir. Rivière.

Serge Sautreau, Rivière je vous prie, Éditions l’Atelier le Ciel sur la Terre, 1997