Poèmes

Rondeau

Philippe Delaveau

Faire un rondeau me cause un grand tourment
Seul en sut l’art jadis Maître Clément
Mais moi qui ne suis point « Maître Philippe »
Personne alors pour me chanter hip hip
Hourra debout et boire énormément
Do you know what ? cet art était charmant
Et le retour… de la clausule ! Armand
De Richelieu eût offert la tulipe :
« Faire un rondeau »
Faire un rond d’eau : dur dur ! même en armant
Un fusil de gros plomb : tout vieux gourmand
Préfère le risque de chasser l’hip-
Popotame plutôt qu’aller (…)

Suffit-il avoir de l’esprit jusqu’au bout des doigts ?

Pierre Lartigue

Suffit-il avoir de l’esprit jusqu’au bout des doigts ? Ouvre la bouche : sens comme la parole tremble ! Elle est trop légère et ne laissera pas de trace. Pentes voici l’automne. Nous sommes là pour voir Une prairie – rares coquelicots parmi – flam- Més, haricot, sang de bœuf ! Le souvenir déroule
A nos yeux son long manuscrit muet. Bruit des roul- Eaux dans les roches, la mer comme un lait sur les doigts, Il veut la dire et il s’éloigne avec les flammes Hautes, les grandes marées, les roses, tout un (…)

Tanka

Pierre Alféri

tirs de mitraillette
tatata tatatata
le tanka des tanks
progresse dans le désert
où est passé l’ennemi ?

Triolet cruel

Claudine Helft

Dieu seul à l’heure de ma mort
Saura si j’eus raison ou tort ;
Le jour où tu fis mon destin
Tu me crus faible mais toi, fort.
Dieu seul à l’heure de ma mort
Saura si j’eus raison ou tort
Car je m’enfuis, un clair matin
Où j’étais faible mais lui, fort.

Il attendait que la neige enfin tombe

Jean-Marie Berthier

à Babacar SALL
HAÏTI, en bateau dans la forêt, la nuit…
Il attendait que la neige enfin tombe sur la pâleur de sa peau
qu’elle recouvre les champs les arbres les murs le toit
Il attendait debout qu’elle vienne à lui
et lentement le fasse disparaître de lui
Il attendait le cœur à bout de bras
qu’elle renvoie toute blancheur à sa légèreté
à son insignifiance à sa vanité
Il lui fallait la neige des montagnes pour s’y jeter pour y sauter à pieds joints
les pieds entravés liés par les fers et les (…)

Villanelle d’un vieux papa

Valérie Rouzeau

J’avais fini mes haricots
L’écuelle sous l’ampoule grillée
J’attendais de vivre bientôt
Mes ancêtres dans leurs sabots
Trépignaient depuis le passé
J’avais fini mes haricots
Et je buvais un noir pinot
A leur mémoire à ma santé
Espérant de vivre bientôt
J’étais le dernier des idiots
Ou le premier si vous voulez
J’avais fini mes haricots
Le front collé sur le carreau
Enfin de ma nuit relevé
J’attendais de vivre bientôt
Ici s’arrête ce lamento
Ou mes enfants vont me siffler
J’avais fini mes (…)

Poème
de l’instant

Sed satis est jam posse mori. Lucain

Naître, et ne pas savoir que l’enfance éphémère,
Ruisseau de lait qui fuit sans une goutte amère,
Est l’âge du bonheur, et le plus beau moment
Que l’homme, ombre qui passe, ait sous le firmament !

Victor Hugo, 1802-1885, « Sed satis est jam posse mori. Lucain », Les feuilles d’automne, 1831.