Poèmes

Je est un autre, hommage à Arthur Rimbaud

Isabelle Pinçon

Je est un autre, pas si vite messieurs, nous n’en sommes pas là, d’abord dire que je est une personne mais laquelle, ah oui laquelle d’entre nous est je et qui est celui qui déclare que je est autrement que lui-même, ailleurs et pour toujours, peut-être que celui qui dit cela qui l’affirme en toute bonne foi est déjà rendu de l’autre côté, presque à toucher la vérité, à l’embrasser l’embraser, pas de précipitation messieurs, nous pourrions gâcher la partie, supposons qu’au delà de la longue chaîne des (…)

Tombeau pour Tristan

Jeanine Baude

A Tristan Corbière
Le revenant, s’il en est sur la Terre, serait
Noir de suie, impeccablement sot et riant
De la foudre venue sur lui se déliant
Amère peur d’être le seul, le roturier
L’épitaphe tenue à bout de bras, soldée
Comme carême, jours maigres, sérénades.
L’impudeur, la pluie, la nuit, la bousculade
Jetés à l’encan, la vérole, les jours niais.
Laissez dormir l’idiot, le chantre, l’enragé
Pourquoi tout ce tracas, ces fanfaronnades ?
L’éternel féminin berce son corps usé.
Qu’on se le dise (…)

Senghor à Bel Air

Tahar Bekri

Qui dira à la mer la douleur de l’écume
Le silence de la tombe sous nos fronts émus
Fleurs en plastique ciment encore frais
Oraisons sous l’œil de la tourterelle farouche
Inconsolée sur les branches nues
Cette herbe sauvage pour seule compagnie
Comme pour bercer l’élégie majeure
Et nos pas tremblants pour te voir ami
La parole dans l’indifférence du cimetière
Assourdissante dans le trouble des acacias
Perdue nouée dans nos gorges avares
De tant d’oubli
Fallait-il au rêve
Poète aux Chants (…)

Le Tombeau d’Arthur Rimbaud

Michel Butor

Qui suis-je moi qui suis sorti de la tombe où je t’attendais moins une jambe que je n’ai pas réussi à remplacer avant de repartir là-bas comme je l’aurais tant voulu comme j’attendais dans ma chambre mère un baiser qui ne venait que rarement et si furtif que mes larmes se remplissaient d’insultes que je ravalais dans l’ambiguïté de mes flammes
D’où suis-je venu trébuchant car c’était un tout autre enfer que celui d’où j’ai réchappé que j’avais cherché provoqué où ai-je trouvé la béquille que j’ai posée (…)

Le petit vingtième - Hommage à Louis Aragon

Gérard Cartier

(Le petit vingtième)
Étrange comme la rencontre dans un lit de passe d’une fausse comtesse et d’un préfet de police.
Je suis celui que je ne suis pas.
Il a six ans, la fable sort tout armée de son front.
La réalité, la réalité, quelle pénitence.
Les mathématiques et la beauté du corps : membres, muscles & lèvres mobiles. tout est-il réductible à 2πR ?
Les trains ballottent dans la nuit ceux que l’or va recouvrir.
La beauté disséquée par un éclat d’obus. organes mous. os & cartilages. le (…)

Tombeau de Mallarmé

Bernard Chambaz

Tombeau de Mallarmé
(quasi-citation)
sentir éclater en nuit
le vide immense produit par ce qui serait sa vie
ô s’il mourait
jamais
tombeau, souvenir, vieillard (qui parle)
injuste pour celui qui reste là-bas
et est en réalité privé
de tout ce à quoi nous l’associons
l’esprit pur DIS-TU
trône en nous - survivants
ET SUR LUI le temps pivote et se refait
quoi, ce que je dis est vrai -
ce n’est pas seulement musique (…)

Hommage à Gérard de Nerval

Sophie Loizeau

à Gérard de Nerval
Il ne faut pas tant s’occuper des tombeaux !
il aime les voyages tant qu’il peut au bout l’errance
quelqu’un ramasse son chapeau ailleurs
la pelouse est rose striée de grandes ombres il fait bon
une lueur de femme apparaît à la fenêtre souffle épanoui
en pivoine dans l’air

Hommage à Baudelaire et Marie Noel

Colette Nys-Mazure

Baudelaire (1821-1867) et Marie Noel (1883-1967)
Oserais-je dresser un tombeau double pour ces poètes que tout semble opposer ? Folie d’allier l’eau et le feu ! Cependant l’un et l’autre m’enchantent et me fécondent. Un homme ténébreux, une femme de joie, mais aussi un homme de plaisir et une femme de désert. L’un comme l’autre ont connu le vertige du mal ; ils aspirent à l’Idéal mais lui, en opposition au Spleen, elle en foi ardente et ardue. Ils sont au monde, tous sens dehors : chez lui, l’odorat en (…)

Hommage à Artaud

Jean-Claude Pirotte

Artaud
Artaud je vois autour de toi
Adamov Henri Thomas
le fragile Prevel aussi
et je te vois rôder toi-même
autour de ce déchirement de toi
mais tu n’approches qu’en silence
comme le tzigane qui offre
aux derniers clients du dimanche
un violon hérissé de cordes cassées
Artaud Antonin chien fidèle
des bars où tourne le soleil et son train
dans la laque rougie et profonde des verres
miraculeux animal légendaire
avaleur de sabres derviche malin
immortel dans la ménagerie de ton corps (…)

Poème
de l’instant

L’Oiseau en liberté

L’oiseau qui passe là-bas,
L’oiseau léger
Qui bat des ailes
Et fend l’air là-bas à l’horizon,
N’a rien à lui au monde,
Mais comme il est joli
En liberté !

Claude-Joseph M’Bafou-Zetebeg, « L’Oiseau en liberté », Anthologie africaine : poésie , Éditions Hatier, 2001.