Poèmes

Poussière de jean-michel reynard, comme de personne

Emmanuel Laugier

ce que vous me dites
jean-michel
reflue maintenant
dans mon maintenant ici
ici
j’ai souvenance : votre main grande
ouverte ongles ras
ouvrière ( d’horribles travailleurs
on entend le pic tourner la langue
et la votre brille au cœur de l’eau
des fleurs ce cœur — qui cherche,
parcourant le solitaire bond)
elle parle presque
pacifiée presque aussi
de ne pas le savoir / de le savoir
en face de vous vous entendre
dire
nommer
sans détour le livre
rincé — terminé — ouvert
où voilà vous (…)

Ventadour de Juliette Darle

Une fenêtre en plein ciel
dont s’étonne un clair de lune
Un souffle à l’envers des feuilles
La voix de si loin venue
qu’un cheval en a frémi
Une voix de cristal noir
L’amour seul la fit éclore
Une fenêtre en plein ciel
dont l’hirondelle traverse
la poussière transparente
La voile du vent qui passe
plus qu’ailleurs semble légère
Sous les créneaux deux sapins
ont pris racine et figurent
deux veilleurs en haut des tours
Une fenêtre en plein ciel
dont s’étonne un clair de lune
Une voix de (…)

Tombeau de Maldoror

Claude Michel Cluny

I
Si je t’aime je te tue immortel enfant pubère de l’homme et du poulpe au regard de soie J’emplirai ma coupe du sperme et des larmes d’un amour tel
éphèbe aux viscères délicieux comme la couvée d’un divin reptile ma verge ira les visiter agile à pénétrer l’envers stérile des cieux
interdit à Ta vénéneuse bave ô Créateur que l’innocence brave impunément tel que moi Maldoror
ni ma rage n’en sauraient se repaître L’Éternité te fera donc renaître pure beauté de sa goitreuse (…)

Léon-Paul Fargue

Jean Chaudier

Trancède la nuit, la promenade
En taxi dans la ville lumière
Il y a des amis à voir
Des soupers chez Lipp, des visites
Aux journaux qui impriment
Il y a des comptoirs, des tranches
De jambon à déguster chez la crémière
Toute une vie nocturne pour le
Piéton de Paris
Tout avant de rentrer au petit
Matin dans cette solitude de
L’appartement ou de la chambre
D’hôtel et de pleurer au souvenir
De cette enfance chérie qui s’en
Est allée comme sont morts
Les parents si tendrement affectueux
Et (…)

Pierre Reverdy

Jean Chaudier

Amitié du soleil au travers
De la vitre le jour commence
Il est temps de fermer
Le cahier et de jaillir dans
Cette lumière et de s’en aller
D’un pas plein d’espérance
Et déjà l’œil et la mèche noirs
Nord-Sud pour toute direction
Pierre Reverdy indique la voie
Du dépouillement
Sensibilité extrême homme face
Au gouffre, peut-être la poésie
Cubiste et l’ellipse comme arme
Contre ce monde si peu supportable
D’une humeur bouillonnante il pratique
Ce lyrisme en marche vers l’inconnu
Où la neige (…)

Antonin Artaud

Jean Chaudier

A cet instant Antonin Artaud
Il nous faut venir à vous et
Etendre enfin votre chant
Comme un appel du fond des ténèbres
Belle litanie à la fois magique
Et tragique de votre être
Corps et âme enlacés deviennent
La chair de votre parole
Qui surgit et nous entraîne
Au-delà des profondeurs
Dans la douleur vous avez mis
A nu notre nature par trop humaine
Et qui pèse sur les nerfs
Aujourd’hui tout est oublié :
La faim, l’asile, la peur des électrochocs
Vous voici dans le rayonnement de cette (…)

Hommage à Mohammed Khaïr-Eddine de Jean-Paul Michel

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0 Mon polymorflaichevrefoil

Sabine Macher

0 Mon polymorflaichevrefoil
1 Marie de France écrivait 2 je ne sais à quel heure quel lai 3 j’écris à vingt deux heures trente huit 4 et crains que d’ici à minuite 5 mes yeux se ferment sans avoir pu 6 dépasser cette ligne du 7 papier aux côtés perforés 8 attendant patiemment ce lai 9 ennuyeux dans ce qu’il promet 10 de dire d’instruire de raconter 11 déjà figé en huit syllabes 12 attirant quelques rimes minabes. 13 Marie de France dont on connaît 14 rien ou presque sauf ses lais 15 et fables dans (…)

Quelques vers plutôt libres pour remercier André Frénaud

Bernard Bretonnière

Je me souviens c’était à Nantes rue Franklin.
Le livre avait pour titre Il n’y a pas de paradis j’avoue Frénaud n’était pour moi qu’un nom certes un nom de poète.
Quinze francs avait crayonné la main du bouquiniste avant de jeter l’exemplaire défraîchi sur l’étal au dehors.
Frénaud pour qui ne vous connaîtrait pas je vous cite d’entrée : « Et qui affirme se trompe, qui croit en soi se hausse en vain. »
« Fin 1994 début 1995 » — ainsi ai-je daté ma lecture, à l’encre brune sur la première page — (…)

Petites voix

Francis Dannemark

Dans les vociférations des fous de guerre,
dans le cliquetis assourdissant de l’or,
dans le vacarme vaniteux des marchands,
dans le hurlement des sirènes ambulancières,
dans le tintamarre croassant des politiciens,
dans le tumulte des écrans petits et grands,
dans les tempêtes rhétoriques des théologiens,
dans le silence terrifiant de l’amour absent,
essayer,
au moins une fois,
la petite voix d’un poème.
extrait d’Une fraction d’éternité, Le Castor Astral, (…)

Poème
de l’instant

Ma vie est une chanson

On me demande parfois d’où je viens
Et je réponds « Je n’en sais rien
Depuis longtemps je suis sur le chemin
Qui me conduit jusqu’ici
Mais je sais que je suis né de l’amour
De la terre avec le soleil »

Francis Bebey, 1929-2001, « Ma vie est une chanson », Anthologie africaine : poésie , Éditions Hatier, 2001.