Poésie 1944-2004 de Philippe Jones

Poésie 1944-2004 de Philippe Jones

« Philippe Jones est un des poètes belges les plus remarquables d’aujourd’hui : cet académicien (sous le sigle de Mallarmé notamment) navigue loin des eaux mortes de l’académisme. Son écriture, économe et surveillée, est d’une originalité on ne peut plus moderne dans la frappe et la tension du vers. Il s’attaque à de vrais problèmes et à de faux miroirs lorsqu’il combine les éléments, ceux de la nature, avec ce que j’appellerai les “alimots”. Je veux dire par là que le sens des choses s’accorde avec le sens des mots. C’est une ingénieuse variante du sonnet des Voyelles de Rimbaud, où les lettres déploient leurs couleurs choisies : ici, sur le mode métaphorique, les mots, les phrases, les lettres, le sens, soulignent la qualité matérielle de l’aube, du soir, des troupeaux, de la colline. Cela n’est pas purement et simplement un procédé, mais une manière originale de refondre ce qui est vu dans le creuset de ce qui est exprimé, de faire surgir la couleur et l’odeur du paysage dans les mots. Nous sommes à mille lieues du symbolisme. C’est un art poétique du réel qui se révèle ici, où le réel obéit organiquement au vocabulaire qui le désigne.
Je ne voudrais pas pour autant laisser croire que la poésie de Philippe Jones est démonstrative : elle nous permet de trancher les “nœuds du sens” quand il le faut, mais en même temps d’éprouver en chaque chose sa teneur en beauté : “un arbre prend racine et se forge l’idée”. »

Charles Dobzynski, Aujourd’hui poème.

Paru le 1er juin 2005

Éditeur : La Différence

Genre de la parution : Anthologie

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.