Poète, mœurs et confins

Auteur : Christian Doumet

Ce livre est le fruit d’un travail d’atelier. Il se présente sous la forme libre d’une suite de notes prises, pendant deux ans environ, en marge de l’écriture de poèmes destinés ou non à la publication. Ces notes se fixent comme objet commun d’interroger le faire du poème – sa genèse comme dit Poe. Non tant le résultat que les conditions, les procédures, les cheminements dont il dépend.
Elles traitent donc, sous toutes leurs formes, des manières du poète (de ses mœurs) : modes de vie, relations matérielles à l’écriture, organisation empirique ; mais aussi des manières imprévisibles du poème, de ses résistances, de ses facilités, surtout de ses suspens (les confins). Car c’est, la plupart du temps, dans l’attente stérile du poème que se révèle le mieux la vérité mentale et la portée humaine de l’événement singulier qu’il constitue.
Dans la mesure où ils sont susceptibles d’éclairer le propos, l’auteur n’a pas hésité à fournir les produits du travail : chemin faisant, le discours réflexif cède la place au poème qui l’a inspiré. Non dans le souci de donner des preuves. Mais parce qu’une théorie n’a de sens, à ses yeux, qu’à condition de courir le risque de ses applications.
Ce livre n’est pas séparable, dans sa conception, des notes plus générales qui paraîtront au même moment sous le titre : Rumeurs de la fabrique du monde (chez J. Corti). En un sens, ce qui se fait entendre ici n’est rien d’autre que la « rumeur de la fabrique du poème ».

Paru le 1er avril 2004

Éditeur : Champ Vallon

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Olivier Barbarant

Essais de voix malgré le vent

Voilà dix ans que je tente passer la rampe sans trop forcer les choses ni les mots gaspillés
Tant que faire se peut à éviter les coups de glotte ou le leurre d’en rajouter
Dix ans à prendre les pages pour cet étrange mégaphone où le murmure porte au loin sans briser si possible sa première douceur
À croire qu’avec le livre ouvert c’est le frisson qui se propage et qui peut-être se survit

Dix ans à vous prêter entre mon corps et l’ombre ce bruit de branche agitée qu’un jour vous aussi avez entendu
Sans toujours songer à le dire si bien que je le fais pour vous
Rêvant des phrases et formes de remords comme une mûre dans les ronces
Rompant lentement le silence jusqu’à nos lèvres écorchées
Pour faire place au peu de jours de vous à moi qui nous rassemble.

Essais de voix malgré le vent, Éditions Champ Vallon, 2004.