Poète, mœurs et confins

Auteur : Christian Doumet

Ce livre est le fruit d’un travail d’atelier. Il se présente sous la forme libre d’une suite de notes prises, pendant deux ans environ, en marge de l’écriture de poèmes destinés ou non à la publication. Ces notes se fixent comme objet commun d’interroger le faire du poème – sa genèse comme dit Poe. Non tant le résultat que les conditions, les procédures, les cheminements dont il dépend.
Elles traitent donc, sous toutes leurs formes, des manières du poète (de ses mœurs) : modes de vie, relations matérielles à l’écriture, organisation empirique ; mais aussi des manières imprévisibles du poème, de ses résistances, de ses facilités, surtout de ses suspens (les confins). Car c’est, la plupart du temps, dans l’attente stérile du poème que se révèle le mieux la vérité mentale et la portée humaine de l’événement singulier qu’il constitue.
Dans la mesure où ils sont susceptibles d’éclairer le propos, l’auteur n’a pas hésité à fournir les produits du travail : chemin faisant, le discours réflexif cède la place au poème qui l’a inspiré. Non dans le souci de donner des preuves. Mais parce qu’une théorie n’a de sens, à ses yeux, qu’à condition de courir le risque de ses applications.
Ce livre n’est pas séparable, dans sa conception, des notes plus générales qui paraîtront au même moment sous le titre : Rumeurs de la fabrique du monde (chez J. Corti). En un sens, ce qui se fait entendre ici n’est rien d’autre que la « rumeur de la fabrique du poème ».

Paru le 1er avril 2004

Éditeur : Champ Vallon

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

René Depestre

« Légitime défense »

« Légitime défense »

Poète en harmonie avec ses racines
je sais l’art de célébrer en moi-même
les noces de l’instinct et de la raison :
en plein sommeil un merveilleux oiseau
de combat reste éveillé tout éperdu
aux accidents et aux ténèbres de mon chemin.
Rien n’échappe à sa vigie de prince de la nuit.
C’est un grand duc aux réflexes de tigre
Malheur au vendeur de drogue et de mensonges
à quatre pattes dans sa guerre contre mes jours.
À sa vue l’hôte ailé en flammes dans mes os
Laisse tous mes rêves s’élever en fusées.

René Depestre, Anthologie personnelle, Actes Sud, 1993.