Points

Christian Hubin

Comme toute une vie l’impression récurrente, entêtante, de décalage
d’un jour : d’un jour sauté.

 *

Où le vent est une forme d’anté –stigmate, de rétrospection vasculaire.

 *

Comme une côte, l’exercice presque quotidien de jauger le monde, de
le re-monter.

 *

Et de rares minutes, habitant ce qu’on s’est toujours pressenti, sans le devenir.

 *

Fin du poème : la queue laissée par le lézard ; l’animal blanc qu’on
fut dans la forêt régressive.

 *

Ne filtrant que ce qui ne tombe pas. Ne parlant que le son de chute,
l’antérieur de sa probabilité.

 *

Avec épidermes, particules, avec vitesse de gènes. Pente d’inentendu
sans oser – derrière, à claire-voie.

 *

Une part d’ombre se matérialise en osier.

 *

De la grande doublure où se tiennent certains qu’on fut ;
de sa rétention près des graminées.

 *

Et ce que vous n’êtes ni ne serez jamais bouge avec vous.

Poème
de l’instant

James Noël

Brexit

Aux yeux des étoiles, les murs et les gratte-
ciels sont des géants aux pieds d’argile Les
étoiles, ça roule des reins et cille des yeux
dans leur migration hautement lucide Pour
elles, le monde est plat et sans hauteur dans
son asphalte, donc ils ne constituent pas une
preuve solide, indéboulonnable dans l’univers

James Noël, Brexit, suivi de La Migration des murs, Éditions Au diable vauvert / 2020.