Points

Christian Hubin

Comme toute une vie l’impression récurrente, entêtante, de décalage
d’un jour : d’un jour sauté.

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Où le vent est une forme d’anté –stigmate, de rétrospection vasculaire.

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Comme une côte, l’exercice presque quotidien de jauger le monde, de
le re-monter.

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Et de rares minutes, habitant ce qu’on s’est toujours pressenti, sans le devenir.

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Fin du poème : la queue laissée par le lézard ; l’animal blanc qu’on
fut dans la forêt régressive.

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Ne filtrant que ce qui ne tombe pas. Ne parlant que le son de chute,
l’antérieur de sa probabilité.

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Avec épidermes, particules, avec vitesse de gènes. Pente d’inentendu
sans oser – derrière, à claire-voie.

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Une part d’ombre se matérialise en osier.

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De la grande doublure où se tiennent certains qu’on fut ;
de sa rétention près des graminées.

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Et ce que vous n’êtes ni ne serez jamais bouge avec vous.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.