Points

Christian Hubin

Comme toute une vie l’impression récurrente, entêtante, de décalage
d’un jour : d’un jour sauté.

 *

Où le vent est une forme d’anté –stigmate, de rétrospection vasculaire.

 *

Comme une côte, l’exercice presque quotidien de jauger le monde, de
le re-monter.

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Et de rares minutes, habitant ce qu’on s’est toujours pressenti, sans le devenir.

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Fin du poème : la queue laissée par le lézard ; l’animal blanc qu’on
fut dans la forêt régressive.

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Ne filtrant que ce qui ne tombe pas. Ne parlant que le son de chute,
l’antérieur de sa probabilité.

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Avec épidermes, particules, avec vitesse de gènes. Pente d’inentendu
sans oser – derrière, à claire-voie.

 *

Une part d’ombre se matérialise en osier.

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De la grande doublure où se tiennent certains qu’on fut ;
de sa rétention près des graminées.

 *

Et ce que vous n’êtes ni ne serez jamais bouge avec vous.

Poème
de l’instant

Emmanuel Moses

Il était une demi-fois

Donnez-moi un mot
J’en ferai deux, j’en ferai trois
Et puis cent, et puis mille
Et quand je ne pourrai plus compter
Je repartirai en arrière
Jusqu’au tout premier
Qui sera le dernier.

Il était une demi-fois, Emmanuel Moses, illustré par Maurice Miette, Éditions Lanskine, 2019, p.32.