Pour la voix du poème

Anne Marie Bernad

Ecoute
le silence est fait de paroles
à l’intérieur de soi
comme une aube venue des profondeurs
entoure d’esprit
la lumière

Les mots de novembre annoncent l’espace
hauteur achevée des parfums vécus
l’odeur émaillée d’une vie qui avance
avec dans la bouche matinale
le goût d’une voix

Ecoute
le chuchotement du premier mot
se tait à la source
pour se désaltérer dans l’ombre
et combler le vide

Dans ce grenier inépuisable
enfin le cri
pétrifie l’essentiel

Anne Marie BERNAD (inédit Nov 2012)

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.