Pour une définition de la vie

Alain Jouffroy

Calderon a eu grand tort :
La vie n’est pas un songe, ni un mensonge.
Pas plus que les hommes ne sont des anges.
La vie est une vigie.
Elle observe les hommes comme les singes.
La vie est un sourire – infini
A tout ce qui va mourir.
La vie n’est pas un supplice.
Ce n’est pas le voyage d’Ulysse (qui a tué),
Mais une hélice, qui fait glisser
D’un supplice à des délices :
Un hydroglisseur, qui consume les heures,
Et les malheurs.
Un planeur, aussi, dans les hauteurs.
La vie vole, et survole,
Sans besoin de moteur, ni d’aile.
La vie pense toute seule
A tout ce qui n’est pas Elle.
C’est une clandestinité sans hommes,
Un son, un AUM.
Personne, pas même un surhomme, ne la détruira.
Elle est là, elle sera là,
Même quand nous n’y serons pas :
Suffit d’y penser pour abolir le fracas.

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004.

Poème
de l’instant

Momin Latif

AVIS À L’AMOUREUX

Ne sors pas dans la rue
L’âme trop visible
Sur tes yeux
On devinera ton cœur
Qui bat
Ton foie gorgé de sang
Tes entrailles qui frémissent
Tu feras rire les enfants
Tu rencontreras peut-être
Le fauve
Que tu aimes tant
Ne lui fais pas peur
Ne sors pas dans la rue

Momin Latif, Peut-être moi, Dumerchez, 2007.