Pour une définition de la vie

Alain Jouffroy

Calderon a eu grand tort :
La vie n’est pas un songe, ni un mensonge.
Pas plus que les hommes ne sont des anges.
La vie est une vigie.
Elle observe les hommes comme les singes.
La vie est un sourire – infini
A tout ce qui va mourir.
La vie n’est pas un supplice.
Ce n’est pas le voyage d’Ulysse (qui a tué),
Mais une hélice, qui fait glisser
D’un supplice à des délices :
Un hydroglisseur, qui consume les heures,
Et les malheurs.
Un planeur, aussi, dans les hauteurs.
La vie vole, et survole,
Sans besoin de moteur, ni d’aile.
La vie pense toute seule
A tout ce qui n’est pas Elle.
C’est une clandestinité sans hommes,
Un son, un AUM.
Personne, pas même un surhomme, ne la détruira.
Elle est là, elle sera là,
Même quand nous n’y serons pas :
Suffit d’y penser pour abolir le fracas.

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004.

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.