Prenez un chat

Alain Serres

Prenez un chat.
Coupez-le en rouge,
et racontez-le en vers :
ça vous rendra heureux, parbleu !
Et oui ! La poésie
donne des couleurs aux souris.
Mais par bonheur,
pas que du gris !
Elle les peint aussi en morose,
et pas que les souris ;
les marchands d’art aussi.
Si ça lui plait,
elle peut cracher du fuchsia
sur la cité Neruda
ou du mordoré
sur le rire d’un général
mal décoré.

Si elle peut atteindre les étoiles
la poésie peut aussi
broyer du noir
parce qu’il faut savoir,
de temps en temps,
pleurer le soir
si l’on veut revoir au matin
un humain
dans son miroir.

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.