Prix Goncourt de la Poésie Robert Sabatier

Institué en 1985 grâce au legs d’Adrien Bertrand (prix Goncourt 1914), ce prix est décerné à un poète pour l’ensemble de son œuvre et non pour un recueil en particulier comme c’est le cas pour les autres prix de l’Académie. En 2012, il prend le nom de prix Goncourt de la poésie Robert Sabatier en hommage à l’Académicien récemment décédé, écrivain et poète, auteur d’une Histoire de la poésie en 9 volumes qui fait autorité.

Site du Prix Goncourt de la Poésie Robert Sabatier

Lauréats :
  • 2019 Yvon Le Men
  • 2018 Anise Koltz
  • 2017 Franck Venaille
  • 2016 Jean-Pierre Siméon Le Printemps des poètes
  • 2015 William Cliff
  • 2013 Charles Juliet
  • 2012 Jean-Claude Pirotte
  • 2011 Vénus Khoury-Ghara
  • 2010 Guy Goffette
  • 2009 Abdellatif Laâbi
  • 2008 Claude Vigée
  • 2007 Marc Alyn
  • 2006 Alain Jouffroy
  • 2005 Charles Dobzynski
  • 2004 Jacques Chessex
  • 2003 Philippe Jacottet
  • 2002 Andrée Chedid
  • 2001 Claude Esteban
  • 2000 Liliane Wouters
  • 1999 Jacques Réda
  • 1998 Lorand Gaspar
  • 1997 Maurice Chappaz
  • 1996 André Velter
  • 1995 Lionel Ray
  • 1994 non décernée
  • 1993 non décernée
  • 1992 Georges-Emmanuel Clancier
  • 1991 Jean-Claude Renard
  • 1990 Charles Le Quintrec
  • 1989 Alain Bosquet
  • 1988 Guillevic
  • 1987 Yves Bonnefoy
  • 1986 repoussée à 1987
  • 1985 Claude Roy

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.