Prix Mallarmé


Le Prix Mallarmé, décerné depuis 1937, récompense un poète d’expression française pour un recueil de poèmes publié entre le 1er octobre de l’année précédente et le 1er octobre de l’année en cours ou pour l’ensemble de son œuvre poétique publié dans les mêmes délais.
Il est décerné par l’Académie Mallarmé lors de la Foire du livre de Brive. Le prix est doté d’un montant de 3.800 € versé par la ville de Brive, laquelle offre également au poète lauréat une résidence d’un mois.
Le Prix Mallarmé est l’une des plus prestigieuses distinctions poétiques françaises.

Site du Prix Mallarmé


Lauréats
  • 1937 - Jacques Audiberti, Race des hommes
  • 1938 - André Dez et Roger Lannes
  • 1939 - Patrice de La Tour du Pin, Quête de joie (refus)
    Henri Hertz, Passavant
    Jean Follain, Chants terrestres
    André Bellivier, Poèmes
  • 1940 - Paul Bulliard, Chacun sa voix
  • 1942 - Yannette Delétang-Tardif, Tenter de vivre
    André Druelle, France
  • 1943 - Paul Laurenz
  • 1944 - Pierre Reverdy, pour l’ensemble de son œuvre
  • 1976 - Andrée Chedid, Fraternité de la parole et Cérémonial de la violence
  • 1977 - Marc Guyon, Ce qui chante dans le chant
  • 1978 - Jean Joubert, Poèmes
  • 1979 - Jacques Izoard, Vêtu, dévêtu, libre
  • 1980 - Yves de Bayser, Inscrire
  • 1981 - Lionel Ray, Le Corps obscur
  • 1982 - Pierre Dalle Nogare, Erosion, usure
  • 1983 - Claude Esteban, Conjoncture du corps et du jardin
  • 1984 - Joseph Rouffanche, Où va la mort des jours
  • 1985 - Michel Deguy, Gisants
  • 1986 - Henri Meschonnic, Voyageurs de la voix
  • 1987 - Vénus Khoury-Ghata, Monologue du mort
  • 1988 - Jean Pérol, Asile exil
  • 1989 - Guy Goffette, Éloge pour une cuisine de province
  • 1990 - André Velter, L’Arbre-seul
  • 1991 - Bernard Vargaftig, Ou vitesse
  • 1992 - Jacques Chessex, Les Aveugles du seul regard
  • 1994 - Bernard Hreglich, Un ciel élémentaire
  • 1995 - Paul Louis Rossi, Faïences
  • 1996 - Franck Venaille, Descente de l’Escaut
  • 1997 - Marie Etienne, Anatolie 8
  • 1998 - Mohammed Dib, L’Enfant-jazz
  • 1999 - Benoît Conort, Main de nuit
  • 2000 - André Schmitz, Incises, Incisions
  • 2001 - Alain Veinstein, Tout se passe comme si
  • 2002 - Jacques Lovichi, Les Derniers Retranchements
  • 2003 - Jean Portante, L’Étrange Langue
  • 2004 - Olivier Barbarant, Essais de voix malgré le vent
  • 2005 - Hélène Dorion, Ravir les lieux
  • 2006 - Michel Butor, Seize Lustres
  • 2007 - Seyhmus Dagtekin, Juste un pont sans feu
  • 2008 - Jean Ristat, Artémis chasse à courre, le sanglier, le cerf et le loup
  • 2009 - Jean-Max Tixier, Parabole des nuées
  • 2010 - Robert Marteau, Le Temps ordinaire
  • 2011 - Annie Salager, Travaux de lumière
  • 2012 - Yves Namur, La Tristesse du figuier
  • 2013 - Alain Duault, Les Sept prénoms du vent
  • 2014 - Hubert Haddad, La Verseuse du matin
  • 2015 - Werner Lambersy, La Perte du temps
  • 2016 - Gérard Bayo, Neige suivi de Vivante étoile
  • 2017 - Philippe Mathy, Neige Veilleur d’instants
  • 2019 - Claudine Bohi, Naître c’est longtemps

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.