Prologue de Jean Ristat

Je chante ce que personne encore n’a chanté
La guerre ni la paix des empires et la gloire
D’un héros à sa charrue labourant un
Ciel de carnaval mais le temps étranglé dans
Les griffes de l’espace ou l’inverse les mots
Au trébuchet les lourds univers tapis comme
Des fauves invisibles au coin de l’œil aveugle
J’écris la nuit à tâtons la lune à côté
Dans la chambre comme une mariée enlève
Son voile bleu ma main cherche un rêve oublié
Dans la poche du dormeur caché dans les plis
Enroulés d’un miroir serpents aux bagues de
Feu et glace tourbillonnants immobiles je
Milliards d’infinis éclatés porte le deuil
Ce qu’il n’a jamais été et pourtant va être
Et ne sera plus poupées emboîtées mondes
Précipités dans les toboggans savonnés
Chiffons de soie des langues à repasser où
T’en vas-tu univers toi qui me possèdes
Je lèche mon ombre sur le sol comme un loup
Ce soir je ne dors pas je compte les étoiles

      *

Ô quel entêtement au bonheur et pourtant
Voici le temps de la grande désespérance
La terre pelée la flamme au nid de l’œil
Comme un rapace le fusil à bout portant
Sur le parquet du ciel la ruine du jour
À la bouche voici la nuit son manteau d’huile
L’âme d’un enfant prisonnière dans ses
Revers l’ongle retourné de la lune

[…]

extrait de Le voyage à Jupiter et au-delà. Peut-être.

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Le désert vivant

Au cœur du rien tout est floraison. La vie est un tout dans le tout, à prendre ou à laisser. Si je ne veux prendre que ce qui m’arrange, je perds tout.

Lorand Gaspar, Le désert vivant, Éditions Le temps qu’il fait, 2004.