Puisque la vie est rouge

Emmanuel Godo

Puisque la vie est rouge

Si cette poésie ne te donne pas envie de vivre, d’aimer, de mordre le talon de l’inconnu, de faire entrer dans ta vie tout le souffle du vent, de lancer ton rire à la face des puissances qui se croient maîtresses du monde, si cette poésie ne te donne pas envie d’accomplir ton devoir d’être juste, de pleurer toutes les larmes et toutes les peurs qui encombrent ta joie, alors elle ne te sert à RIEN, ne la lis pas, passe ton chemin et bois ailleurs l’eau qui te rendra ta pauvreté.

Paru le 5 mars 2020

Éditeur : Gallimard

Poème
de l’instant

Lettres à Sophie Volland

10 juillet 1759,

J’écris sans voir. Je suis venu ; je voulais vous baiser la main et m’en retourner. Je m’en retournerai sans cette récompense ; mais ne serai-je pas assez récompensé si je vous ai montré combien je vous aime ? Il est neuf heures, je vous écris que je vous aime. Je veux du moins vous l’écrire ; mais je ne sais si la plume se prête à mon désir. Ne viendrez-vous point pour que je vous le dise et que je m’enfuie ?

Adieu, ma Sophie, bonsoir ; votre cœur ne vous dit donc pas que je suis ici ? Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres : cette situation devrait m’inspirer des choses bien tendres. Je n’en éprouve qu’une : je ne saurais sortir d’ici. L’espoir de vous voir un moment m’y retient, et j’y continue de vous parler, sans savoir si j’y forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime.

Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland.