Quand vous serez bien vieux

Claudine Helft

Quand vous serez bien vieux le soir au néon
écrivant quelque triste discours sur le néant
direz lisant mes vers en vous émerveillant
elle me célébrait lorsque j’étais encore blond.

Lors vous n’aurez maîtresse oyant telle chanson
déjà toute en guerre à demi s’éveillant
qui au bruit de mon nom ne s’en aille en tremblant
haïssant nos souvenirs et votre nom.

Je serai belle toute de chair toute de vie
sereine et goûtant un bonheur difficile.
Vous serez alors vieux et presque en habit vert,

regrettant mon amour, mon âme et mon mystère
car voyez-vous il est trop tard pour être habile
et demain déjà s’est écrit aujourd’hui.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.