Quatrains pour Esteban

Auteur : Alain Lance

Quatrains pour Esteban

"Hommage original d’un poète à un autre, que ces adresses rimées épousant la forme de quatrains. Mallarmé, on s’en souvient, avait fort prisé l’exercice. Pourtant, ce n’est pas à l’auteur de Prose pour Des Esseintes, que s’adresse le poète Alain Lance, mais à un grand aîné qu’il aime et admire :
Vers CLAUDE ESTEBAN les voeux de partout se ruent
Alourdissant la sacoche des amis facteurs
Merci à eux de porter ce pli sans erreur
Dans le Quatorzième, Daguerre, onze de la rue.
Certes, ce n’est là qu’un amusement, mais si s’amuser veut bien dire se consacrer aux muses, peut-on s’étonner qu’un poète s’amuse ? Ici l’éjouissance naît d’un exercice renouvelé quarante fois… on taquine le tour de force !
Sur la quarantaine de plis et de cartes expédiés de partout et d’ailleurs de 2002 à 2005, seuls deux n’ont pas trouvé leur destinataire. On verra donc, en passant, dans ce petit ouvrage, un hommage à La Poste et à ses facteurs, hommage bien mérité.
Un jour nous n’aurons plus que du courrier virtuel
Cher CLAUDE ESTEBAN…
L’originalité vient aussi de l’édition, qui présente le livret inséré dans le fac-simile d’une enveloppe, hélas retournée à l’envoyeur pour "distribution impossible". Quel dommage : échouer si près du but !
En attendant, quelque jour prochain, la publication d’une correspondance qui pourrait se révéler fort intéressante ?"
Jean-Marie Perret

Paru le 1er septembre 2005

Éditeur : Tarabuste

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.