Quatre quatrains pour Omar Khayam

Azadée Nichapour

Je lève à toi ma coupe Omar Khayâm
Précieuse poussière de Nichapour
Frère de Baudelaire, mon amour
Qui enivras de poésie mon âme

Hélas ! Si l’on m’avait prédit qu’un jour
J’irai zoner si loin de Nichapour
J’aurais pris une poignée de sa terre
Les os de Khayâm pour Apollinaire

Point du jour à l’horizon du hasard
Breton, je sais, tu aurais aimé Omar
Libre-penseur, libre-rêveur de l’art
D’aimer la vie avant qu’il soit trop tard

Il était un grand poète autrefois
Début et fin de la vie comme neige
Khayâm, je crois te lire en Bonnefoy
La poésie dure comme sortilège

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.