Que dire de celles qui pourchassent l’obscurité avec leur torchon de cuisine

Vénus Khoury-Ghata

Que dire de celles qui pourchassent l’obscurité avec leur torchon de cuisine
Appellent arbres et enfants à ranger les bruits dans leurs plumiers

à s’attabler dos au feu où brûlent les ossements d’un saule vieux de mille lieux
Les arbres bien nés sont fragiles disent-elles et elles nouent leur cou avec leurs

mouchoirs en dentelle

Le saule casanier donne des fumées blanches comme fiancées disparues
Le saule traduit son mécontentement en cinq étincelles

Le saule n’attend aucune consolation et écrit ses larmes sans ponctuation

Alors que la mandragore qui résiste au chagrin n’a ni cahier ni ruisseau ni d’attaches

familiales mais parfois un nid à quatre nœuds

La mandragore ne fraie pas avec les arbres qui ombragent les cours de récréation

prend ses distances avec le feuillage acerbe du chêne et celui suffisant du tilleul

imbu de sa transparence

Il n’y a pas de bûcheron heureux dit la mandragore

Poème
de l’instant

Jean-Pierre Verheggen

Courage / Courrèges

Rappelons-nous que la poésie se niche aussi
dans les voisinages, tant congrus qu’incongrus,
- voire crus ! - de mots parfois peu congénères
qui sommeillent dans le même dictionnaire !
Qu’on les réveille et voilà le substantif courage,
apparemment sans cousinage avec la poésie,
qui soudain s’accoquine, de manière inattendue,
avec André Courrège, le grand couturier,
inventeur , dans les années 60 de la jupe-culotte
qu’osèrent porter en rue de courageuses femmes
prêtes à affronter les quolibets, les regards
lubriques, les injures et autres harcèlements
machistes d’effrontés « passant qui passent »

Saluons donc, aujourd’hui plus que jamais,
ces « hirondelles printanières », ces militantes
avant-gardistes qui n’hésitèrent pas -ô avril ! -
« à se découvrir d’un fil » pour défendre

la Beauté et la Liberté poétique de leur corps !

Jean-Pierre Verheggen « Courage / Courrèges », inédit pour le Printemps des Poètes 2020