Que dire de celles qui pourchassent l’obscurité avec leur torchon de cuisine

Vénus Khoury-Ghata

Que dire de celles qui pourchassent l’obscurité avec leur torchon de cuisine
Appellent arbres et enfants à ranger les bruits dans leurs plumiers

à s’attabler dos au feu où brûlent les ossements d’un saule vieux de mille lieux
Les arbres bien nés sont fragiles disent-elles et elles nouent leur cou avec leurs

mouchoirs en dentelle

Le saule casanier donne des fumées blanches comme fiancées disparues
Le saule traduit son mécontentement en cinq étincelles

Le saule n’attend aucune consolation et écrit ses larmes sans ponctuation

Alors que la mandragore qui résiste au chagrin n’a ni cahier ni ruisseau ni d’attaches

familiales mais parfois un nid à quatre nœuds

La mandragore ne fraie pas avec les arbres qui ombragent les cours de récréation

prend ses distances avec le feuillage acerbe du chêne et celui suffisant du tilleul

imbu de sa transparence

Il n’y a pas de bûcheron heureux dit la mandragore

Poème
de l’instant

Christophe Tarkos

Le Petit Bidon et autres textes

J’existe. Évidemment cela ne prouve rien. Cela ne prouve pas que j’existe. Mais je suis là. Et je ne suis pas fou. Je suis un vrai témoin, je suis capable de dire la vérité telle qu’elle me semble, je peux témoigner. Je pense que j’existe. Si vous ne voulez pas me croire. J’existe vraiment, d’ailleurs, seul un être humain pourrait vous le dire. Évidemment cela ne prouve rien. Cela ne prouve pas que je suis.

Christophe Tarkos, Le Petit Bidon et autres textes, P.O.L, 2019.