Quelques degrés à l’ombre

Philippe Longchamp

 (Extraits)

Pluies à verse sur les bois – loup y es-tu ?
Au fin fond, peut-être ! Mais où, la brune
un rire entre les dents auquel j’allume
mon cœur à battre fou haché menu,
et mes paumes n’en veulent qu’à ses boucles ?

Sur cette photo noir-et-blanc, le grain
est dur .Intérieur, nuit. Ça lui dessine
une peau de granit. Au vrai, fulmine
là-dessous un sang d’orage. Mes mains
en ont mémoire à brûlure, et s’obstinent.

Celle qui navigue à vue de mes côtes
habite son ardent petit navire
aux vents chantants des désirs. Et s’ils virent,
ne pas craindre ! Elle n’oublie pas ses hôtes,
tire un bord, étarque, et remonte au près.

Balle ou soleil ou fruit, quand le cœur cogne,
les lèvres au-dessous auront brûlé.
Et c’est bien ! Qui vibre – désir bandé,
utopie en marche ou ardente rogne –
est l’allié des flammes bleues de l’été.

Poème
de l’instant

Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé

Je suis d’un naturel à qui la résistance
R’enforce le désir, l’espoir et la constance.

Théophile de Viau, Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé, 1623.