Qui veille sur la cigogne aveugle

Le bloc-notes sous l’oreiller

Je le retire à l’aube
du profond de mes songes.
Ma main a gribouillé,
en toute liberté, dans le noir.
J’en décrypte à peine les signes,
on dirait des inscriptions rupestres.
Je me suis adressée à moi-même
des messages d’ailleurs.
Et l’aube se précise
grâce à leur imprécision.

Blaga Dimitrova, 1922-2003, Qui veille sur la cigogne aveugle, traduit du bulgare par Vera Marinova, Revue Europe, 1990.

Poème
de l’instant

Treizième poésie verticale

Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.

Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.

Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz, Treizième poésie verticale, traduit de l’argentin par Roger Munier, Librairie José Corti, 1993.